Beirut (astra kulturhaus, 18/08/09)

by juicyfrog

les lecteurs avides que vous êtes (?) se demandent sans doute ce que ma chronique sur Beirut est devenue. introduire PJ Harvey avec Beirut, pourquoi pas, mais bon, ça ne fait pas très sérieux tout ça…

alors je disais que…
je partais fiévreusement warschauer strasse, tout émoustillé d’assister à un nouveau concert mais surtout contente de voir enfin Beirut. pourtant une question me taraudait : qui avais-je vu dernièrement à l’astra ?
pas facile pour un crapaud d’être parfois frappé d’amnésie…
je sors du s-bahn, traverse le pont et zou, la mémoire me revient.

mais ce soir je partais pour une autre ambiance, celle des balkans. bizarrement le concert est annoncé comme étant complet mais on dirait qu’il y a moins de monde que pour PJ. en entrant dans la salle je me précipite vers le bar pour acheter une bouteille d’eau (on ne rentre désormais plus dans un club ou une salle de concert avec sa bouteille d’eau, même vide…) que j’englou(glou)tis en moins de deux en observant l’auditoire depuis le même poste d’observation que la dernière fois, offrant un angle de vue garanti ou presque sur la scène, comme sur la salle. je suis surprise par le public qui est plutôt jeune et surtout très cosmopolite… je n’arrive à identifier qu’un seul allemand dans mon proche entourage, tous les autres sont espagnols, italiens, portugais… c’est marrant…

très vite (il ne faut voir ici aucun lien de cause à effet) je suis incommodée par une forte odeur assez nauséabonde, qui s’incruste et colle comme de la vieille soupe aigre sous les aisselles, une bête odeur de pieds, et pour être exact, ça sent carrément le placard à chaussures… je cherche le ou les coupables, peine perdue, on est déjà trop nombreux… !

je n’ai finalement pas trop le temps d’exposer mon pauvre cerveau de batracien à quelconques réflexions que déjà la lumière se tamise à mesure que le public se tasse. des lumières rosâtres accueillent peu à peu une tribu de gars ayant une certaine allure, une espèce de tribu yankee.

ils sont six les bougres : de gauche à droite, vus de la fosse, un joueur de sitar qui semble sorti d’une réserve d’indiens d’amérique et qui a l’air de planer grave, à ses côtés un guitariste qui sort tout droit d’un film de cowboy avec ses ‘tiags et sa chemise, puis vient au centre un mec tout sec, tout nerveux (qui, pendant tout le concert, donnera l’impression qu’il va faire dans son pantalon), avec une moustache assez ridicule (on dirait qu’il vient de se la coller sur la lèvre avant d’entrer en scène), il est habillé d’un jabot et d’un foulard qui paraissent l’étouffer et se positionne face au synthé ; derrière lui, le batteur, pas de chichis, bonne gueule de ce que je croyais être un américain, rien à signaler. puis en revenant sur le devant de la scène, un beau joli petit mec dont je ne me rappelle pas la tenue, à part son chapeau (…), et qui semble tout content d’être là ; contrairement aux autres qui ont l’air soit nerveux, soit hyper concentrés, soit carrément en dehors de notre système solaire, il semble totalement détendu devant son sampler, je ne sais pas exactement si c’est un sampler, ça ressemble à une console (voir photo, il est au djembé) d’où sortiront plus tard quelques sons de folie.
et enfin, le dernier larron, sorti du far-west, avec un haut-de-forme sur la tête et le violon à la main sans oublier l’égo à la hauteur de son chapeau.

la preuve en images…



c’est lui d’ailleurs qui ouvre le bal. ses comparses le rejoignent sans tarder, chacun leur tour, et très vite des accents post-rock envoutent la salle. si bien qu’au bout de deux morceaux ça pue déjà le chite dans la salle… les morceaux justement prennent peu à peu de l’épaisseur, on sent comme monter la fièvre, rythmée parfois par un duo batterie-djembé. le set semble durer très peu de temps, même si chaque morceau durant une dizaine de minutes prend le temps de se développer jusqu’à l’implosion… la musique est pas mal, dommage juste qu’on entende trop le violon. un titre qui partait pourtant méchamment bien finit en long hurlement insoutenable (je me demandais depuis le début pourquoi il y avait un micro au niveau du guitariste…) qui gâche presque tout. et voilà le « chanteur » qui prend la parole, « thank you so much. we are the… ». comment ?… j’ai pas compris le nom du groupe, verdammt, comment ils s’appellent ?… on est plusieurs à se regarder, j’ai l’impression que je ne suis pas la seule à avoir fait des années d’anglais pour ne rien comprendre le soir d’un concert…

n’empêche, les teintes musicales des néo-zélandais de An Emerald City (!) sont enivrantes, un peu de GY!BE, de Pink Floyd, sans parvenir pour autant à décoller comme il faudrait vraiment pour définitivement accrocher l’oreille ou faire planer.
le dernier morceau s’annonce et pendant qu’il prend doucement forme, un oiseau apparaît sur scène. ou plutôt une fille déguisée en oiseau, au costume assez moche, qui se place à droite du batteur sur un marche pied, et commence à voler au rythme des guitares et du violon. enfin, essaye de voler. la pauvre n’arrive même pas à décoller, elle est même assez ridicule, gracieuse comme un éléphant sur des patins à glace… le plus drôle c’est que nombreux sont ceux dans le public qui rigolent à la fin du morceau découvrant cet oiseau cloué au sol, alors que le groupe quitte la scène en nous remerciant, sans même lui jeter un regard… sympa en tout cas les gars, même s’ils ne sont pas très démonstratifs. ils sont assez touchants et authentiques.

et nous revoilà dans la lumière, musique de fond indéfinissable mais agréable, les rangs se resserrent, je n’ai devant moi, pour une fois, que des nains comme le crapaud que je suis, la visibilité est impeccable, ça s’annonce bien. mais l’attente est longue, alors j’ai le temps de réfléchir à plein de choses… et alors que les lumières se font à nouveau chatoyantes et teintées cette fois de bleu, et que le charmant Zach Condon pénètre sur scène devant un public en liesse, un truc me chagrine. pourquoi faut-il que je repense à ça maintenant ?…
et puis le groupe arrive au grand complet, et avec lui, une connasse d’un mètre quatre vingt qui se met devant moi… arghhh, Hilfe! c’est ce genre de grognasse qui en plus se regarde respirer alors je lui tire gentiment la queue de cheval et lui fait toc-toc dans le dos. elle m’ignore ou est insensible : ma jolie, t’as intérêt à te décaler sinon je te pète les rotules. le crapaud est gentil, mais perd tout son calme en concert quand il n’y voit plus rien. le dieu des greluches est avec elle, elle se décale un peu sur la droite et relève sa queue de cheval en chignon…

mon esprit revient alors sur la scène, maintenant que Beirut est au complet, je cherche le violoniste dont une grenouille amie m’avait parlé jadis. pas de violoniste en vue, peu importe, je sais que la trompette de Zach suffira à faire mon bonheur. Beirut est souriant, joyeux et extrêmement chaleureux dès la première note, pas uniquement Zach Condon, mais tout le groupe. Les premiers morceaux (ouh la la, The Gulag Orkestar…) font guincher le public, fait vite chaud, et je suis sous le charme des trompette-tuba, etc… et de l’espèce de nabot qui seconde Zach, espèce de musicien génial qui touche chaque instrument avec talent et le sait… mais quel horrible accent, c’est effroyable !

d’un seul coup tout semble gai et joyeux… Mount Wroclai (Idle days) enflamme les derniers résistants qui refusaient de bouger le popotin, c’est la folie !… ça gigote, certains tortillent du croupion comme si c’était de la java, des ballons de toutes les couleurs volent dans le public, des papillons de papier colorés dansent dans les airs, l’ambiance est terrible, ouh la la… puis les morceaux s’enchainent, La Javanaise donne l’occasion à Zach Condon de chanter en français, c’est super, lorsque petit à petit je me rends compte que mon esprit divague… je fais une fixation sur le tuba que je n’avais pas vraiment regardé auparavant…

et à force de réfléchir, tout en écoutant d’une oreille, je me fais la réflexion qu’à part quelques titres, les morceaux passent sans qu’on y prête vraiment attention… même si tous les musiciens assurent comme des bêtes chacun à leur niveau (accordéon, batterie, synthé/piano, trompette, tuba, trombone),et que la contrebasse, un chouïa mal réglée, vous donne l’impression que votre cœur va exploser à chaque note, non, vraiment j’ai d’un seul coup la tête ailleurs, et si je pense à autre chose, c’est que au final, ça veut dire que j’aurai pu…

mais voilà Postcard from Italy qui nous lamine les rotules. The Akara arrive à point nommer pour nous apaiser la plante des pieds, oui enfin on guiche encore. l’ambiance est vraiment excellente. une tuerie on peut dire. et toujours ces foutus ballons qui volent, ça commence en revanche à énerver un peu tout le monde (quelques gestes d’impatience, une grosse frappe sur un ballon qu’un mec se prend en pleine tronche, des excuses du smasheur, tout va bien, c’est la fête !…)…



et puis la fin s’annonce, Zach est chou, vraiment (I don’t know why but I always have a kind of fever when I come to Berlin) ; il n’arrête pas d’éternuer, faut dire qu’il a quitté son pull et qu’un sale courant d’air souffle au dessus de nos têtes, il se gratte la gorge, et moi je me demande s’il pourra chanter demain où qu’il soit, je le trouve vraiment trop sympa, trop gentil, sincère, touchant… mais je ne suis tout simplement plus dedans….
le groupe finit par quitter la scène, visiblement fatigué, et les applaudissements de rappel commencent à résonner. Zach revient tout seul sur scène avec son ukulélé, le temps d’une chanson. il a l’air cuit. il n’est pas le seul. le groupe le rejoint pour deux ou trois morceaux, quand un éclair de lucidité m’explose le cerveau : ça y est j’ai trouvé, le tuba, sans ses lunettes on dirait françois fillon (ah quel soulagement !).

je continue à réfléchir, ne perdant Zach Condon ni d’une oreille ni d’un œil, et je me dis que, c’est vrai, je n’ai jamais pu écouter un album de Beirut à la suite d’un autre. alors voilà, c’est peut-être pour ça que je n’ai vraiment l’impression d’avoir entendu que certains titres. pff, vraiment c’est nul de s’en rendre compte maintenant, mais bon la lumière revient, on sort doucement de la salle, tous trempés de chaud. je sors content de ma soirée mais un peu sur ma fin…

mais pourquoi donc, crapaud ?
parce que, je ne cesse de penser que, ce soir, à la même heure, ce même soir, y’avait Tortoise qui passait à berlin…
et le dernier Tortoise est… dans le top 5 de l’étang…
je m’étais sortie de la tête la venue des tortues de chicago alors que j’avais déjà ma place pour Beirut, quand… ce matin là, pour une raison encore obscure (pourquoi le matin même du concert de Beirut ?), je consultais le site de mon copain fatcat et tombais sur cette info
… un concert s’annonçant comme exceptionnel et jamais vu. de quoi vous faire regretter votre spontanéité de crapaud et la rapidité avec laquelle vous achetez vos places de concert !

© Pictures by Mike Menzerl from Astra’s website

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