Múm (Lido, 05/09/09)

by juicyfrog

à moitié motivé pour ce concert le crapaud juteux. pour une raison simple: le dernier album de Múm, ces islandais chéris pendant tant d’années par votre serviteur, ben ce dernier album, , ben il ne l’enthousiasme pas, mais alors pas du tout.

ces chants de chorale à n’en plus finir, « la la la la la la la la la », y’en a marre. ça me fait le même effet que lorsque A Silver Mount Zion s’est mis à faire de la chorale avec le Tra-la-la-Band (rien que le nom…), finies les belles envolées musicales et bonjour les chants tous ensemble. j’aime pas les chorales, j’ai jamais aimé. y’a encore que Grizzly Bear ou Fleet Foxes que je supporte, là tout de suite. et encore, parfois c’est limite. bon passons, et venons-en au fait. pas très motivé, pour une simple raison : depuis que Kristín Anna a quitté le groupe, c’est tout simplement plus pareil. sa voie frêle et douce, comme si elle allait parfois éclater en sanglots, cette voix là m’avait ouverte la porte aux voix féminines. et sans compter que les petits sons fabuleux de Gunnar et Örvar, bref, ça avait de la gueule.

pas que les deux derniers albums sans Kristín Anna et sa sœur jumelle Gyða soient moins bons, ils sont juste différents. ils sont plus joyeux qu’avant en fait. et ce que le crapaud aimait sur l’excellent Yesterday was dramatic, Today is OK, c’est qu’on sentait une certaine mélancolie, une tristesse mêlée à une joie naissante. lesquelles ont désormais disparu, mais pourquoi pas, ne soyons pas sectaires.

me voilà arrivée au Lido, sans plan, au nez, la classe, ça m’est encore jamais arrivé… j’attends sagement ma grenouille accompagnatrice de la soirée, ma copine du lac blanc. j’ai bien envie de voir la première partie, Benni Hemm Hemm. après avoir écouté quelques extraits là, je suis sûr que ça nous plairait, à ma grenouille et à moi. le seul truc c’est que la dite grenouille tarde à arriver, et quand elle arrive, on est tellement heureux de se retrouver (on ne s’est pas vu depuis super longtemps) qu’on va se boire une bière et se fumer un clope dans la cour intérieure du Lido plutôt que d’aller écouter la première partie. les gros nazes. surtout que fumer pour une grenouille, ça peut être dangereux…
je ne vous détaille pas nos conversations d’anciens combattants batraciens. laissez-moi plutôt vous décrire le Lido, un tout petit peu. une salle magique. toute petite. toute jolie et chaleureuse. avec des escaliers pour s’asseoir dans un coin. voici quelques photos pour vous faire une idée.

une fois qu’on a passé la caisse, la salle se trouve à droite. mais on peut continuer tout droit, passer devant le stand où il y a d’habitude les CD, DVD, t-shirts et autres merveilles à acheter. et on passe une porte, puis une deuxième et on arrive dans le patio. magique, sympa, bière pas terrible (l’astra), mais super ambiance. surtout en été.
la salle en elle-même est chouette comme tout. une simple boule à facette au plafond, un bar à l’entrée, des dits escaliers sur la gauche, la scène occupant une bonne partie de l’espace. parfois y a des projections sur les murs. c’est petit, c’est mignon, et quand on est soi même nain (et mignon ?), on s’y sent bien. c’est au Lido que j’ai vu My Brightest Diamond, un moment fabuleux. mais aussi Art Brut, un moment drôlissime.

bon, on discute avec ma copine grenouille, et d’un seul coup on se rend compte qu’il n’y a plus grand monde autour de nous. et surtout on entend de la musique !
on arrive dans la salle, on ne peut pas être plus au fond, contre le bar. ça ne me stresse même pas. ça ne peut pas énerver quiconque d’ailleurs, car si Múm est déjà sur scène en train de jouer, les 3/4 du public sont assis par terre. la vue est dégagée, l’ambiance est tout simplement à l’apaisement, la rêverie, l’abandon de soi, que c’est agréable…
et puis le morceau se termine, un autre va pour s’enchaîner, et des voix se font entendre. des voix du fond. aufstehen! dans la langue des Einstürzstende Neubauten, ça veut dire « debout » ! alors le public se lève et d’un seul coup, il y a plein de place… alors nous nous avançons pour mieux voir.

donc voilà Múm.

un petit pincement au cœur lorsque je localise Gunni et Örvar. je fais le compte : la chorale se compose quand même de sept personnes, pas une de moins. la violoncelliste/violoniste m’énerve en moins de deux morceaux, elle gesticule, elle braille, on ne voit qu’elle, sa joie de vivre est indécente ! je me concentre sur Eiki, au clavier et à la trompette, sur le devant gauche de la scène, et à son opposé, Örvar, tout à droite. au milieu Hildur, l’énervante, et, à ses côtés, Silla qui chante aussi et qui joue (entre autres) du ukulélé. Gunni (à la basse), Robbi (à la guitare) et Samuli (à la batterie) sont en retrait.

je commence à bouger un peu du croupion, ouéé, c’est bien. ils ont quand même l’air sympa les Múm. des bonnes trognes, ils se la pètent pas. cool, quoi. Örvar raconte des anecdotes entre les chansons, l’ambiance est vraiment chouette. mais j’ai presque l’impression de regarder un concert à la télévision. je n’accroche pas, bon sang. on se lance des regards complices avec ma grenouille, on s’échange nos places pour avoir différents angles de vue.

et puis la magie opère enfin avec A little bit, sometimes… deuxième morceau du quatrième album, bien rythmé, aux agréables « Someeetiiiiiiimmmmes », bref, d’un seul coup d’un seul, je suis dedans, et bien dedans. ahhh, que c’est bon. j’arrête de détester Hildur, je regarde Silla, les garçons, bref, tout va bien. on dirait que le concert commence (ma grenouille me confirmera plus tard que, pour elle aussi, ce morceau a été décisif). les morceaux du dernier et du précédent album s’enchaînent, la scène dégage une pêche et une joie incroyables. quelle harmonie et quel bonheur, sur scène, comme dans la salle et c’est tellement agréable de les voir danser, chanter tous ensemble, hurler, se sourire, se faire des clins d’œil, des blagues, nous sourire.

honnêtement, je ne peux pas vous donner la setlist ou vous dire quels sont les morceaux qui m’ont fait vibrer. tous étaient épatants tout simplement. des petites attractions ponctuent le concert : Örvar annonce que Samuli a quitté la scène. puis il revient, sous un tonnerre d’applaudissements. Sur un autre morceau, Eiki passe à la basse, Gunni à la guitare. Örvar attrape son melodica, qu’il abandonne ensuite pour sa console, Silla se munit d’une guitare, Hildur frappe dans ses mains, joue avec les cordes de son violon, Örvar prend une guitare. la folie. ça a l’air tellement facile la musique avec eux.
à se demander si, en islande, on ne naît pas avec des instruments entre les mains. tous les groupes islandais sont comme ça, sans exception aucune.

bref, quand ils quittent la scène, je me sens emplie de bonnes ondes et d’un bonheur communicatif. ma grenouille a l’air également ravie, je l’ai même vue chanter sur un morceau !
pourtant (ben oui, il faut toujours qu’il y ait un « pourtant » !), dommage qu’ils n’aient pas joué de morceaux du premier et du deuxième albums, qui restent pour moi, les meilleurs (ou tout au moins mes préférés). mais bon, c’est pas si grave non plus.

et les revoilà sur scène. tout content. ahh, qu’ils sont sympa quand même. la lumière se tamise à nouveau. et puis une note, une seule note d’Örvar… et d’un seul coup, votre crapaud se transforme en putois et se met à coasser comme un fou. j’ai juste pas réussi à me contrôler, j’ai un peu honte. je sens ma grenouille me regarder avec étonnement. mes yeux se mettent à briller, alors que quelques autres putois braillent encore plus fort, ayant eux aussi reconnu l’incroyable, la formidable, la fabuleuse, la splendide Ballad of the broken Birdie Records. oh la la, c’est pas vrai, je commence à chouiner, elle va chanter. Silla va remplacer Kristín Anna, arggghhh, c’est pas possible. j’essaye de ne pas y attacher d’importance, ce qui compte c’est qu’elle chante. ahhh, plus que quelques secondes, elle va commencer… je suis prise de tremblements, mon cœur semble prêt à exploser, et au moment où elle desserre les lèvres, je m’abandonne enfin complètement à cette jolie voix… parce qu’elle chante doucement, avec tout plein d’amour, tandis que les autres s’excitent comme des tabanés sur leurs instruments.

si cette chanson me paraît particulièrement réussie c’est parce qu’elle allie avec perfection les rythmes post-rock, les bruitages électro et une voix douce et pleine d’émotions. et ce soir, Múm ne fera pas durer le morceau 5mn et des brouettes comme sur l’album, mais une éternité. autant dire le bonheur total.
les lumières se rallument sur le sol du Lido, je rouvre les yeux, sans parvenir pour autant à cacher mon émotion. ma grenouille me sourit et me rejoint (elle avait fini par grimper sur les marches pour mieux voir). elle me demande ce que c’était que ce morceau. je lui explique. et elle me demande pourquoi je n’ai pas voulu venir sur les marches avec elle. ben parce que j’étais comme dans un cocon, là, au milieu des autres. j’étais bien, juste bien…

… et alors que nous quittons lentement la salle, la bande son nous donne les résultats du championnat de foot anglais. chelsey a perdu. alors on retourne se boire une bière pour oublier.

© all pictures from Múm taken from their website
© Pia Thierer, for pictures from Lido taken from their website

Advertisements