Sophia (Lido, 29/09/09)

by juicyfrog

revoir sophia. enfin. après toutes ces années. revoir Robin Proper-Sheppard qui en avril 2001 était en deuil, après la mort de son pianiste. se laisser émouvoir à tout rompre par ses mélodies, sa voix parfois déchirante, ses sourires et ses pointes d’humour (noir).

alors forcément, quand on a vécu un tel moment, quel bonheur de revoir un groupe pareil. surtout que maintenant, Sophia se donne le nom de collectif. et There are no goodbyes, son dernier album est une pure merveille, en particulier The Valentine’s Days Session, le deuxième cd, un live réalisé à vienne.

revoir sophia, au lido, quel beau cadeau. et cette soirée spéciale, je ne me voyais pas la passer sans ma grenouille phacochère, car c’est avec elle que j’étais déjà en 2001. bouclons la boucle.

nous voilà donc au lido, salle chérie devant l’éternel. l’excitation est à son comble. votre crapaud a déjà la chair de caïman lorsqu’il frôle Robin, crinière au vent, et que sa grenouille lui dit “t’as vu ?”.
“Comment ? Qui ça ? Où suis-je ?! Non, allez c’est pas lui…”. je ne l’ai pas reconnu, ça commence fort.

la tradition au lido veut que l’on commence la soirée par discuter en sirotant une astra ou un coca dans la cour intérieure, alors n’y coupons pas.

sauf que ma grenouille phacochère et moi, on est des chevronnés des salles de concert et quand on est ensemble, pas question de rater les premières notes. alors nous ne tardons pas à rejoindre la salle. l’atmosphère y est comme toujours paisible et féérique, les boules à facette tournoient dans les airs, on dirait qu’il neige. c’est juste beau.

il n’y pas encore grand monde, on peut se placer où on veut.
la scène est rapidement investie par des londoniens dont l’accent ne fait aucun doute sur le pays d’où ils viennent. voici encore un groupe “chorale”, les Dark Captain Light Captain.

Giles Littleford et Dan Carney sont à la guitare et au chant. j’ignore lequel des deux est Giles ou Dan. Neil Kleiner s’occupe de la partie électro avec son portable et ses boîtiers, mais apporte également sa contribution vocale. Chin of Britain, transfuge de Quickspace, se charge de la batterie (je n’arrive pas à me souvenir si lui aussi chante…). Mike Cranny de la basse, posant sa voix sur certains morceaux. Et enfin Laura Copsey, aux cuivres (et à la voix, est-il nécessaire de le préciser ?).
ils ont une dégaine marrante, ont l’air bien sympa, comme s’ils étaient eux-même surpris d’être là.

alors, n’y allons pas par quatre chemins, ce groupe assure côté musical. mais alors, je sais, c’est une question de goût, comme toujours, les voix, pff…
Giles, ou Dan, ou Giles, ou Dan, chante comme Peter Gabriel, ce genre de voix pas trop désagréable à écouter, mais qui, au bout de trois morceaux, devient insupportable, car toujours sur la même note.
et puis, bon, je l’ai déjà écrit ici…. arrêtez, bon sang, de chanter tous ensemble, c’est pas possible !

la musique des Dark Captain Light Captain dégage des ambiances feutrées, des accents rock, post-rock, de bonnes boucles, des rythmiques heureuses, de la tendresse sans mollesse.
un groupe qu’on écoute tranquillou dans son étang, le casque sur les oreilles pour profiter de chaque petit son (et des voix, pour ceux qui aiment). à écouter les yeux fermés de préférence et se laisser emporter. dommage malgré tout qu’on n’entende pas la fille, ni quand elle joue, ni quand elle chante, car à l’écoute du disque, les cuivres sont bien là.

j’aurais acheté sans hésiter leur dernier album, Miracle Kicker, co-produit par Robin lui-même (Neil et Dan ont d’ailleurs participé au dernier Sophia), mais au final, oui c’est agréable, mais ça peine à décoller. et puis bon, ces voix là, non vraiment…

le groupe finit par quitter la scène et le public se rapproche et se concentre peu à peu.
avec ma grenouille, on est d’humeur badine, on rigole, on ne dirait pas qu’on va voir Sophia, ce Robin qui ferait verser des larmes au crapaud le plus insensible.

Sophia. arghhhh, voilà Robin Proper-Sheppard…

la chaleur de son “good evening” envahit la salle. des anges passent et dansent gracieusement dans les airs, c’est doux et chargé à trois cents pour cent d’émotions pures.

élégant, souriant, les cheveux longs, il est là au milieu avec sa guitare. il attaque en parlant justement de sa coiffure. oui, il se laisse pousser ses cheveux, et alors ?!

There are no Goodbyes ouvre le bal, on ne pouvait attendre mieux.
Robin s’est entouré, sur cette tournée, d’un quatuor à cordes (trois violons et un violoncelle), qui va péter la baraque, entre autres, aux rappels lors de ce formidable morceau qu’est Lost. Ce morceau composé en hommage à sa mère qu’il a perdue il y a quelques années et qu’il a grand plaisir à jouer, expliquera-t-il – et qui vous file la chair de poule, de caïman, de ce que vous voulez, pour le reste de vos jours.

car Robin, non seulement c’est un génie de la mélodie, un monstre de l’écriture, un excellent guitariste, mais c’est surtout un chanteur hors pair. cette voix, bon dieu. si on créait une échelle de richter vocale, je le placerais dans le peloton de tête, disons 2 sur l’échelle. parce qu’il les vit ses chansons, il ne fait pas que les interpréter, il y met toutes ses tripes, toute sa douleur, tout son bonheur, tout son amour. tout, il donne tout. dans son chant, il restitue toutes les émotions qu’il a mis dans son texte, au moment de l’écriture. je crois qu’il pourrait me faire exploser comme un vulgaire crapaud la clope au bec, si je l’écoutais au casque. j’ai jusqu’à présent évité, pour tout vous dire. déjà sur ma chaîne, c’est impossible de faire autre chose en entendant sa voix, alors au casque… (mais je vais bientôt me laisser tenter, avoir pour soi, rien que pour soi, cette voix qui vous caresse les oreilles, grrrrrrr…).

ahhhh, Sophia. comment vous dire ?
la mélancolie à l’état pur, oui c’est ça.
le pendant musical parfait de meinetwegen.
à ceux qui disent que la mélancolie ça fout les boules, c’est triste, ben je réponds, passez votre chemin. la mélancolie c’est beau et c’est fort. vous ne trouverez pas plus fort, ni plus beau.

bon enfin, voilà, le concert est tout sauf triste. la justesse musicale de tous les musiciens est éclatante, on sent que le batteur n’est pas un rigolo, aux gestes impatients qu’il fait à l’ingé son pour qu’il mette plus de puissance sur la guitare et la voix de Robin. le pianiste balance ses boucles à mesure qu’il créé ses boucles entêtantes, les bassistes et guitaristes sont concentrés et dans leurs mondes, ils se dérideront malgré tout quelques fois pour nous offrir un vrai beau sourire ne trahissant rien de leur bonheur d’être sur scène. et les violonistes, ils se dandinent en attendant leur tour, la violoncelliste délaisse son violoncelle sur Storm Cloud pour un petit clavier dont les notes font remuer votre popotin de batracien.

le concert touche à sa fin, mélangeant des morceaux du dernier album, de Technology won’t save us, mais aussi The infinite Circle. certains morceaux me semblent inconnus. mais l’essentiel est là : l’excellente setlist a fait l’impasse sur Fixed Water. pas de “I’m only happy when you’re sad” ou de “Is it any wonder that to me love has no meaning” ou encore “I try to understand but I just hurt you instead”. c’est peut-être mieux comme ça, sinon ça aurait été la vallée des larmes de crocodile…

pour les rappels, Robin revient seul avec le quatuor. il interprète, entre autres, Something, ce très beau morceau qu’il chante normalement sur l’album en duo avec Astrid Williamson.
dommage qu’elle ne soit pas de la partie. la version qu’il en fait ce soir, seul au ukulélé, ne perd pour autant rien en intensité. d’ailleurs, je vous propose de découvrir ce morceau là, tout de suite avec Astrid.

lorsqu’ils quittent à nouveau la scène, personne ne bouge dans le public, même si nos cuisses de crapaud et grenouille commencent à souffrir de la position debout.
pourquoi voudrait-on partir ? Robin a passé la soirée à faire de nous ses copains, nous racontant une multitude d’histoires, la genèse de certains morceaux, interpelant ceux qui, dans le public, se marrent pendant qu’il chante… et le tout ponctué d’innombrables “fuck” tombant à point nommé !

alors voilà, on reste là. et ils finissent par revenir nous jouer un morceau… bruyant, affreux, détruisant toute la douceur passée. c’est bon, on a compris, une fois le morceau (interminable) achevé, on ne demande pas notre reste.

on quitte Sophia, on crève de chaud mais on a quand même encore la chair de cocotte, encore et toujours…
et alors que nous sortons, la voix de Thom Yorke surgit soudain, Sail to the Moon inonde le lido. mais avec qui ai-je passé la soirée ?!…

© for Sophia, pictures by Mike Menzel and Lido
© for Dark Captain Light Captain, pictures from myspace

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