Shannon Wright (Magnet Club, 04/10/09)

by juicyfrog

pour l’anniversaire de ma copine la grenouille phacochère du lac blanc, j’avais eu une super idée : lui offrir une place pour un concert qu’elle ne serait pas prête d’oublier.
Shannon Wright annonçait le sien au Magnet Club à ce moment précis. l’occasion était donc trop belle.

Shannon Wright au Magnet. arghhhhh, comment résister ?!

pour la petite histoire, toutes mes amies grenouilles m’ont toujours parlé de cette songwriter américaine, comme on dit en bon français, comme étant… “argghhh”, “euh”, “elle est… ahhhh”. bref, selon la gente batracienne, y’a pas de mot pour définir Shannon Wright, leurs yeux brillants d’envie suffisaient à faire comprendre ce que la belle (?) provoquait sur ces dernières.

personnellement, la musique de Shannon Wright m’a laissé pendant de nombreuses années froid. sans que je trouve sa musique désagréable, je n’aimais juste pas spécialement.

et puis, un jour, la grenouille qui partageait alors ma vie de crapaud, a acheté Let in the light. je restais sans voix, bouleversé par Defy this Love, entre autres, et décidais alors que si Shannon Wright venait à croiser ma route, j’irai moi aussi me laisser emballer par cette formidable pianiste et guitariste.

c’est donc ainsi que nous nous retrouvâmes, ma grenouille et moi, au Magnet ce soir là.

la salle est particulièrement vide lorsque Kiki Bohemia grimpe sur scène après s’être chauffée dans la salle en dansant n’importe comment pour se faire remarquer.

la berlinoise nous toise d’un air arrogant, dissimulant sans équivoque un certain trac.
elle est seule en scène, seule avec une dizaine de manettes devant elle. elle appuie sur un bouton, les beats démarrent, elle appuie sur un autre, une guitare s’ajoute, une autre manette et hop, voilà des boucles sonores, et par dessus, elle sample sa voix. le premier morceau n’est pas mal, mais elle dégage une telle antipathie, qu’il est difficile de s’intéresser à elle davantage.

les autres morceaux se succèdent, sans aucune émotion ni aucun intérêt, avec parfois un “danke” qui n’apporte même pas un peu de chaleur à la salle. tout est glacial, sans amour, sans instrument.

lorsque Kiki Bohemia chausse un accordéon sur ses frêles épaules et sample quelques notes, on la trouve tout bonnement ridicule. après tout, elle aurait pu pré-enregistrer ces quelques notes sur une de ses manettes, comme pour les autres instruments.

cette demi-heure passe lentement. on voit cette fille qui du bout des doigts appuie sur ses boutons, trouve le moyen de couper un morceau alors qu’il n’est pas terminé, passe son temps à regarder ailleurs, et ça vaut mieux, car son regard de vautour fait froid dans le dos.

le concert se termine enfin, si on peut appeler ça un concert. elle remercie, et on assiste, médusés, pendant quinze minutes au rangement des dites manettes. un sacré matos pour pas grand chose.

mais bon, ma grenouille et moi, on ne se laisse pas décourager. nous ne sommes pas venus pour voir Kiki, mais Shannon.

alors que la salle se remplit lentement, que l’ambiance est d’une froideur à pleurer, une fille passe près de nous d’un air décidé, la guitare sur l’épaule, et grimpe sur scène. la voilà.

ses longs cheveux cachent son visage. on ne distingue que ses lèvres rouges épaisses. sa guitare résonne sans tarder. pas un mot. elle commence à chanter.

brrr, quelle voix. à la fois rauque et rageuse. et quelle guitare, sèche et nerveuse.

mais alors, quelle tenue ! sapée d’un vilain collant à la mode h&m, d’un pauvre haut la mettant en valeur comme un cageot, elle est loin de mettre en émoi le crapaud que je suis.

Shannon Wright ne nous regarde pas quand elle joue de la guitare, elle est pourtant face à nous. ça me rappelle le concert de CatPower il y a quelques années, même si la comparaison s’arrête là.
quand elle joue du piano, on ne voit pas non plus son visage. il faut dire que ce dernier a été orienté de manière à ce qu’on ne voit que son profil gauche. on aperçoit malgré tout parfois les traits de son visage, et on se dit que c’est peut-être mieux qu’elle le cache. la pauvre semble bouffie, et elle ne laisse entrapercevoir qu’une face disgracieuse et plutôt laide (pardon pour les fans).

les morceaux qu’elle interprète au piano parviennent à me faire un peu frissonner. les autres à la guitare sont plutôt violents et semblent traduire son peu d’envie d’être là ce soir. elle manque de se prendre les pieds sans le fil de sa guitare, lorsque, par mégarde, elle se laisse emporter par un de ses morceaux, mettant de côté sa mauvaise humeur.

le concert commence et se termine déjà. on ne voit rien passer. aucune émotion. à peine un merci. elle quitte la scène en faisant un geste de la main. sans un sourire, sans un mot. le concert se termine comme il a commencé. dans la froideur la plus complète.

ma grenouille et moi, on se regarde. nous on a bien des mots pour décrire Shannon Wright. mais on les taira.

d’ailleurs on quitte la salle sans même acheter son nouvel album, un peu déconcertés d’avoir attendu si longtemps pour voir ça.

© for Kiki Bohemia, picture taken from myspace
© for Shannon Wright, picture taken from Vicious Circle Records

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