Archive (Huxley’s, 19/10/09)

by juicyfrog

étrange de se rendre à un concert avec une sorte de fièvre, tout en se sentant détaché. d’aller voir un groupe qu’on a découvert il y a peu, malgré son ancienneté.

né à la grande époque bristolienne du trip-hop, votre crapaud a toujours été attiré par ses super pochettes, sans jamais écouter un seul morceau.
pourtant crapaud, le trip-hop, tu aimes, alors pourquoi, pourquoi donc ?…
Massive Attack et Portishead étaient alors en pôle position dans mon cœur de crapaud, ceci explique sans doute cela.

pourtant, en début d’année, alors que j’écoutais avec la ferveur qu’on me connait le dernier (somptueux) album de Leila, je me mis à chercher des infos sur sa sœur Roya dont la voix m’emballait plus particulièrement.
une grenouille amie m’avait dit qu’elle chantait déjà avec un groupe de trip-hop bien connu, alors j’ai cherché, persuadé que c’était avec Archive bien qu’il s’agisse en réalité d’Alpha !

j’ai malgré tout continué mes recherches sur Archive quand je suis tombé sur Lights. j’ai eu du mal à me remettre de ce morceau de 20 minutes, une merveille musicale pour le crapaud, fan de trip qui fait hop (sur un nénuphar c’est du plus bel effet).


et lorsque j’ai su qu’un nouvel album d’Archive allait sortir, je me mis à vaciller sur le dit nénuphar. la fièvre s’emparait de moi, il me le fallait. chez le crapaud c’est toujours comme ça, tant que Controlling Crowds (part I to III) ne fut pas en ma possession, je ne pensais qu’à ça. ben oui, la passion tourne parfois à l’obsession.

alors Archive au Huxley’s Neue Welt, ça ne se refuse pas.

ce soir là, je me rends au Huxley’s sans emballement particulier. je crois même que si je ne veux pas vraiment y aller, c’est parce qu’il n’y a que Lights qui m’intéresse vraiment. ce morceau là en particulier, et l’album en général. et si Archive faisait l’impasse sur ce vieux morceaux, alors que la part IV de Controlling Crowds vient de sortir ?

perdu dans mes pensées de batracien, je frémis d’horreur en sortant du métro. qu’est-ce que c’est que ce machin ? c’est quoi ce bâtiment, ce truc lumineux clignotant qu’on voit à trois kilomètres ? quelle horreur… c’est vraiment là que le concert a lieu ? je me mets dans la queue, j’attends mon tour, sans envie.

je pénètre rapidement dans la salle, une assez grande salle, à la déco rococo étonnante, faussement d’époque, un peu trop clinquante, très étrange. mickey et minnie viendraient à apparaître sur la scène, je ne serais pas surpris.
il y a déjà beaucoup de monde, je reste dans la fosse, sans m’approcher pour autant trop du plateau…

BirdPen
est déjà sur scène. ils attaquent leur deuxième morceau. musicalement c’est pas mal du tout, mais c’est surtout à la voix du chanteur/guitariste qui me caresse l’oreille. c’est marrant, la musique comme le chant me rappelle quelque chose, sans que je parvienne à trouver quoi.

et quand je trouve quoi c’est la méga honte. lorsqu’Archive entrera sur scène, le même chanteur et guitariste sera encore là. ben oui, c’est Dave Pen. quel nase ce crapaud.

tout ça pour dire que Dave Pen, Mike Bird et James Livingston Seagull (marrants tous ces noms d’oiseaux !) assurent une très bonne première partie, même si leur musique n’est pas si éloignée d’Archive.

d’ailleurs, alors que je n’ai pas encore réalisé qui est Dave Pen, je me dis que vraiment, quelle classe, une première partie dans le même style que le groupe suivant, le tourneur s’est donné du mal !

une fois BirdPen sorti de scène, on se retrouve dans une légère obscurité et puis d’un seul coup, sans une trop longue attente, dans le noir complet. les premières notes de Controlling Crowds résonnent à mesure que des spots rouges s’illuminent. l’intro est palpitante, chez Archive les morceaux sont fleuves, ça me change de mon étang. et au moins, là, ça pue pas la vase.

le clavier de l’intro de Controlling Crowds résonne de manière impeccable dans la salle, les beats n’ont pas encore démarré que tout le monde semble déjà prêt à se laisser chavirer dans ces rythmes archiviens… l’ambiance se chauffe d’un seul coup, et le groupe fait son entrée, sous les hurlements de l’assemblée (tiens, Dave Pen !!).

ah la la, le style anglais… pff, que de belles grenouilles bien sapées, chics et élégantes, y’a pas à dire, ça a de l’allure. votre crapaud a le regard happé par Pollard Berrier (chanteur et guitariste), sacrément sexy à sa manière de onduler de la croupe. et quand il commence à chanter, il va être difficile de regarder ailleurs…

lorsque je parviens à détourner mes yeux de crapaud mort d’amour, je m’aperçois que le clip du morceau passe derrière eux. mais le style de leurs vidéos en général, d’une belle esthétique mais toujours un peu inquiétant ou dérangeant, ne me met pas spécialement à l’aise alors je préfère m’ouvrir un peu aux autres, surtout que Pollard n’a pas l’air plus sympa que ça, un peu arrogant en fait.

sur l’extrême gauche (vu du crapaud), Darius Keeler (fondateur d’Archive), casquetté, bonne bouille, aux claviers, qui bouge comme un fou, rythmant le morceau par ses gestes saccadés ; vient ensuite Steve Harris, à la guitare, grand et élégant, qui lui aussi bouge admiralement ; Pollard est au milieu ; derrière lui Smiley, le batteur, et à ses côtés le bassiste Jonathan Noyce ; Pen est sur le devant de la scène entre Pollard et le deuxième fondateur d’Archive, également aux claviers et à la programmation (et à la guitare), Danny Griffiths.

Rosko John et Maria Q manquent à l’appel. Rosko entre sur scène sur Quiet Time, c’est lui le côté hip-hop du groupe. quant à Maria Q, elle ne sera pas là sur toute la tournée, au grand désespoir des fans, et à la satisfaction de votre crapaud, qui n’accroche guère à sa voix.

l’ambiance est très vite complètement entêtante et enivrante. l’air est chaud et douillet, on est bien. j’ai presque l’impression d’avoir mon casque sur les oreilles. l’acoustique et la balance sont vraiment bonnes pour une salle de cette taille, ce qui n’est pas si fréquent. les morceaux s’enchaînent, ne déviant pas d’un millimètre de la version album, c’est ultra pro. on sent que c’est un groupe à qui on ne la fait pas.

je comprends rapidement que je peux faire une croix sur Lights, pour l’instant les morceaux se succèdent dans l’ordre de l’album. difficile en même temps pour cet album concept d’apparaître sous une autre forme.

les premières notes de Collapse/Collide arrivent jusqu’à mes oreilles. qui va remplacer Maria au chant, Pollard ou Dave ? eh ben non, Pollard explique que Maria n’est pas là, mais on ne va pas la mettre de côté pour autant. le public s’anime. le clip commence. Maria est là, face à nous, sur grand écran.
je maudis alors la technique actuelle, en me disant que vraiment je n’aime pas cette chanson…

le public est plus que conquis à la fin du morceau. c’est juste dingo. une fois qu’on fait abstraction de la voix, ce morceau prend doucement de l’ampleur, vous entraînant petit à petit avec lui. l’impression de glisser d’un bon bain bien chaud où vous allez pouvoir vous dégourdir les cuisses.

l’album continue de se jouer devant nos yeux. je peux d’ailleurs vous donner la setlist sans avoir trop peur de me tromper de beaucoup… en fouillant sur internet, je me rends compte (avec une certaine indignation ou une certaine incompréhension) que le groupe a joué la même setlist au moins sept concerts de suite… de là à penser que c’est tous les soirs la même chose, il n’y a qu’un pas !

Controlling Crowds
Bullets
Words On Signs
Dangervisit
Quiet Time
Collapse/Collide
Clones
Bastardised Ink
Kings Of Speed
Lines
The Empty Bottle
Funeral

Rappels :
Londinium
Numb
Chaos
Again

jusqu’à Kings of Speed, il s’agit des parties I à III de Controlling Crowds, puis jusqu’aux rappels, de la quatrième partie.

je me rends compte que je suis très réceptif aux morceaux interprétés par Dave Pen, j’aime cette manière qu’il a de se cacher derrière ses cheveux, mais aussi ses variations vocales, moins rageuses et moins maniérées que celles de Pollard, son chant est plus doux, tout simplement. il donne juste la sensation d’y mettre vraiment de l’émotion, là où Pollard se contente d’afficher un air satisfait.

le point fort des chanteurs d’Archive, que ce soit Pollard, Dave ou Rosko, c’est leur dextérité à entonner vingt à quarante fois le même refrain. ils pourraient se sampler, c’est relativement à la mode pour un groupe, qui de surcroit est plus hop que trip et plus électro et progressif qu’il ne le revendique.

l’interprétation de Dave sur The Empty Bottle est impeccable, je ne résiste pas à vous faire découvrir le clip en vous rendant sur le site d’Archive (par ailleurs il se trouve que Dave n’est pas le plus moche du groupe, ce qui ne gâche rien !).

tant que nous sommes dans l’image, jetez donc votre oeil acéré de crapaud ou grenouille sur cette version de Numb filmée en concert, dont la qualité d’image et de son est assez remarquable. nous changeant par la même occasion des daubes filmées qu’on trouve sur youtube.

les morceaux du rappel, dont Numb fait partie, enflamment le public et fendent la foule de fans agglutinés dans la fosse.

même sans Lights, ce concert me transporte de la première à la dernière note. cette présence sur scène de tous les membres du groupe, quoi qu’ils ne communiquent guère, leur engouement si évident, leur investissement à deux cent pour cent sur chaque morceau, tout cela se traduit par une force planante et parfois violente dont il est difficile de se débarrasser.

lorsqu’Archive finit par quitter définitivement la scène, j’ai toujours la fièvre. mais je ne me sens plus du tout insensible comme à mon arrivée, je me sens complètement, comment dire… sous l’emprise d’un truc que je ne contrôle pas.
si les symptômes persistent, j’irai voir mon véto.

© for BirdPen, pictures from their website
© for Archive, black&white picture by Julian Hayr and other pictures from archive’s official website and myspace

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