Midlake + Spoon (09/02/10 + 20/02/10, Lido + Frannz)

amis batraciens, remerciez le dieu des grenouilles et crapauds, qui m’a remis les cuisses sur le nénuphar, car cette chronique devait initialement s’intituler : texan instruments…

alors partons au texas, voulez-vous ?
voyons si vous la préférez à bec ou traversière.
ou si vous êtes plus folk que rock.

car le texas. voilà bien la seule chose qui unisse Midlake à Spoon.
la musique de Midlake est aussi apaisante que celle de Spoon est tonifiante.

là où Midlake construit des morceaux tout en longueur et en douceur, Spoon délivre des mélodies brutes, rageuses et pressées d’en finir. avec Midlake vous partez à la campagne, dans les champs, dans la forêt. avec Spoon, vous restez dans la moiteur de la ville, vous bouillonnez, vous suez. dans les deux cas, vous avez chaud, vous êtes bien.

et sur scène, le nombre fait la différence.
si Midlake se compose à la base d’un guitariste folk/flutiste/chanteur (Tim Smith), d’un bassiste (Paul Alexander), d’un batteur (McKenzie Smith), d’un guitariste rock/flutiste (Eric Pulido) et d’un guitariste fou (Eric Nichelson), une fois sur scène, ajoutez encore un pianiste/flutiste (Jesse Chandler) et un dernier guitariste (Max Townsley). ils sont tous ou presque habillés pareil, de cette chemise à carreaux qui semble caractériser le folk américain. on sent bien que chez eux c’est la flûte avant tout, l’apparence on s’en tape.

la flûte parlons-en. votre crapaud vous parlait, ici même, avec une émotion non dissimulée de la flûte traversière lors d’un concert des Herbaliser.
chez Midlake la flûte paraît remplacer certaines octaves que ces belles voix masculines se superposant ne peuvent malgré elles pas atteindre. elle apaise, elle embellit, elle renforce, elle vous envoûte. n’essayez même pas de lutter, vous n’y arriverez pas. surtout pas lorsque Jesse Chandler est rejoint par Tim Smith, puis par Eric Pulido, la flûte au bec. vous allez, malgré vous, fermer les yeux et vous mettre à chavirer, en attendant d’avoir la chair de gallinacée provoquée par la guitare folle et tout simplement fabuleuse de Eric Nichelson. car dans tous les bons groupes, il y a toujours un guitariste responsable des effets les plus étonnants et les plus renversants qui vous font aimer le rock encore et toujours. Eric Nichelson est monsieur bruitage et sons inattendus de Midlake.

chez Spoon, le grand responsable guitare et chant, c’est Brit Daniel. l’excellent Jim Eno s’occupe de la rythmique et inonde le public de ses gentils regards et de ses sourires derrière sa batterie. Rob Pope vient prêter sa voix pour renforcer le chant spoonien tandis que ses doigts semblent ne pas bouger à mesure qu’ils avancent ou descendent le long des cordes de sa basse. Eric Harvey fait la tronche et a pour seul ami son piano et ses boîtes à rythmes (dont il se sert avec un certain talent).

si Midlake laisse le soin à Sarah Jaffe d’assurer la première partie (du folk de fille, sympa, mais qui ne pèterait pas trois pattes à un canard, sauf peut être sur un morceau où monsieur Pulido himself vient renforcer les troupes), Spoon prend un risque énorme en laissant la scène aux excellents White Rabbits.

laquelle est d’ailleurs bien trop petite pour Brian Betancourt (à la basse), Matt Clark (à la batterie), Alex Even (à la guitare et au chant), Jamie Levinson (à la batterie), Stephen Patterson (au chant et au piano) et Gregory Roberts (au chant et à la guitare). certains morceaux des lapins blancs semblent sortis tout droit d’un album de Spoon. sauf que, bon, évidemment, ce qui fait la différence c’est la deuxième batterie. du bon rock tonique et bien construit, ça tape bien, le piano apporte une touche originale à la traditionnelle formation rock, guitare, basse, batterie, en créant des boucles qui donnent de l’épaisseur aux morceaux et leur donne parfois un petit côté saloon voire presque inquiétant, tant on a l’impression de plonger dans un film noir.

n’empêche, impossible de ne pas rapprocher White Rabbits de Spoon, même si les lapins sont plus soigneux dans la composition des morceaux, dans le sens où ils n’hésitent pas à pousser les morceaux aussi loin que possible. c’est pourquoi, quand Britt Daniel vient les rejoindre sur leur dernier morceau, on se dit que vraiment ceux là, ce sont de sacrés potes ! évidemment les bureaux de renseignements de l’étang ont depuis fait leur travail… la production de It’s Frightening, le dernier album des White Rabbits, est le fruit de… Britt Daniel !

j’ai envie de vous donner un petit avant goût des lapins, car c’est un groupe à ne pas lâcher, quitte à lui baver dessus pour qu’il reste collé à l’étang…

mais délaissons un peu batteries et léporidés pour revenir à l’apaisement, la douceur et le cocon dont Midlake entoure certains de ces morceaux.
The courage of Others, un extrait qui donne son titre au dernier album du groupe (une merveille), en fait partie. ce morceau vous chatouille avec tendresse les tympans, la douceur des chants et des flûtes vous procure un bonheur et un bien-être sans nom. tout simplement.

le public semble venue à une messe, avec pour grande prêtresse cette belle folk qui laisse la place au rock quand la flûte disparaît au profit des guitares. tous les nouveaux morceaux ont la même intensité, même si parfois on semble reconnaître un accord ou quelques secondes de mélodies déjà entendu(es). un petit goût de déjà-vu.

que vous dire de Roscoe, Young Bride ou Van Occupanther, ces morceaux du fabuleux et extraordinaire The Trials of Van Occupanther, sorti en 2006. parfaite harmonie des chants, nervosité passagère des guitares, piano doux et un chouïa mélancolique, une flûte qui hésite entre la tristesse et l’envie de laisser éclater sa joie, une interprétation presque dramatique qui souffre d’un mal que Tim Smith vous transmet avec un certain bonheur, et enfin un violon tourmenté et doux à la fois qui accompagne guitares et batterie pour teinter Young Bride de notes chagrinées et touchantes. allez faire un tour par ici pour en voir et en écouter un peu plus.

de quoi vous donner la chair de gallinacée malgré votre pauvre allure de batracien.
I saw the light, un nouveau morceau extrait de Transference, nous laisse le temps de nous remettre du passage des lapins et attaque toutes guitares dehors. Rhythm and soul se charge de nous déniaiser les cuisses, ahhhh, mais quelle pêche ! ah oui, et puis, bon, à quoi bon le nier, qu’il est sexy ce Brit Daniel ! à se demander s’il n’a pas demandé des conseils à Miles Kane pour s’habiller et enamourer votre crapaud en moins de deux. et ce regard. ce même regard bleu qui vient plonger pendant quelques longues secondes dans les yeux de votre crapaud mort d’amour, quelques secondes qui durent une éternité (et un jour), et qui vaut à votre crapaud un grand coup de cuisse de ses copains un chouïa moqueurs (le crapaud chantant et la grenouille phacochère) qui l’accompagnent ce soir. je crois que Miles Kane n’aurait pas fait mieux !

bon, enfin, revenons les cuisses sur l’étang.
The Ghost of you lingers, I turn my Camera on, Nobody gets me but you, Don’t make me a target, Got Nuffin, I summon you… l’interprétation est impeccable, pas une fausse note ou presque (un petit problème technique). pas de dentelles, pas de douceur mièvre, juste de bons rythmes qui ne se la racontent pas et qui vous donnent chaud en moins de deux, du rock qui bouge sans vous péter les oreilles, un concentré d’énergie à chaque morceau et des mélodies entêtantes et émoustillantes. et vous rendant irrémédiablement heureux.

voilà, je ne peux pas dire mieux.

I saw the light
Rhythm and Soul
Don’t make me a Target
Someone Something
The Ghost of You Lingers
Is Love forever?
Nobody gets me but you
The Underdog
Troubles comes Running
I turn my Camera On
Love song
Written in reverse
Metal School
The Way we Get by
They Never got You
I Summon You
Finer Feelings
Got Nuffin

Encore:
The Beast and Dragon, Adored
Don’t you Evah
My Mathematical Mind

et puis, vous n’avez qu’à aller voir par vous même :

ces deux groupes qui en apparence n’ont pas grande chose en commun sont parfaitement complémentaires.
Spoon au réveil. Midlake au coucher.

vous vous endormirez au son d’une flûte et de voix qui vous caresseront l’oreille, épuisé que vous serez d’avoir bondi comme un malade au petit matin, à la recherche d’un regard bleu…

© pictures from Midlake’s myspace, Spoon’s mypace & website, White Rabbits’ myspace

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