We were promised Jetpacks vs. The National (Lido + Astra, 24/04/10 + 09/05/10)

allez, remettons le couvert et tentons une nouvelle fois l’expérience.
comparer l’incomparable.

brooklyn.

batraciens d’âge moyen voire plutôt avancé, très mélangé et détendu, un public de fans, mais pas seulement. des crapauds et des grenouilles tout mélangés. un de ces publics qui n’hésite à resserrer les rangs quand le noir se fait. quitte à vous empêcher de respirer. la salle est pleine à craquer. on sent l’impatience grandir. on transpire déjà.

edinburgh.

on se croirait à un congrès de têtards boutonneux. moyenne d’âge avoisinant la vingtaine, peut-être vingt-cinq ans. ça rit grave et fort. on sent bien que ce soir, c’est le soir ou jamais pour se la donner à fond. la salle se remplit doucement. les batraciens se regroupent peu à peu à l’avant de la scène, sans aucune timidité.

Dupec vs. Buke & Gass

alors que les têtards boutonneux commencent à s’engaillardir en rigolant encore plus fort après avoir avalé quelques gorgées de bière, un trio arrive sur la scène du lido. des gamins, comme leurs potes auxquels ils ouvrent le bal. voici Dupec, un groupe de rock pur et délicat d’edinbourgh. pourquoi pur ? tout bêtement parce qu’en dignes représentants de la scène écossaise, et à l’image des Frightened Rabbit et de We were promised Jetpacks, ils ne font pas dans la dentelle (de calais ou de douvre).

Dupec, ce sont James Yuill (guitare et chants), Paul Bannon (batterie) et Jamie Steel (basse). de bons petits gars bien mignons et qui ont la pêche. du rock brut de décoffrage obligeant parfois son chanteur à hurler plus qu’à chanter. dommage d’ailleurs, car musicalement c’est tout bon. excellente entrée en matière avant WWPJ : des rifs de guitare efficaces, une basse là où il faut quand il faut et une batterie, toute en légèreté et en tonus. de quoi se dégourdir gentiment les gambettes avant le grand saut. leur set se termine avec l’apparition inattendue d’un grand bouclé qui se saisit avec frénésie d’une guitare sur laquelle il se met soudainement à gratter comme un furieux. il quitte la scène de la même façon qu’il y est entré, sans nous voir ! pas de doute possible, c’est un WWPJ !

pendant ce temps, un duo sympa comme tout amuse et enchante la scène de l’astra. Buke & Gass de… brooklyn ! elle (Arone Dyer, Buke) toute pimpante à la guitare folk et au chant, lui (Aron Sanchez, Gass) charmant, à la guitare électrique et à la batterie. Buke a un air coquin et lance à Gass des regards entendus lorsque les notes folk s’affolent au rythme effréné des rythmes rock. elle chante, joue avec sa voix, doit aimer Kate Bush et My brightest Diamond, elle rit, fait des blagues, lui l’accompagne, rigole et remercie le public. ils sont frais et leur musique bien rythmée, ne sachant jamais vraiment se décider entre folk et rock, est une parfaite introduction à ce qui va suivre. ils parviennent même, sur certains morceaux, à faire oublier qu’ils ne sont que deux, tant ça gratte et ça tape. un petit bémol malgré tout, au bout d’un moment, les variations de voix de Buke horripilent un chouïa. mais il se dégage une telle bonne humeur de la scène que ça rend le public tout mièvre et enamouré. ma grenouille batteuse qui m’accompagne ce soir me le fait d’ailleurs remarquer alors que les rangs se font de plus en plus serrés et que l’excitation s’empare de l’audience.

We Were Promised Jetpacks vs. The National

votre crapaud n’a jamais mis les cuisses ni à brooklyn ni à glasgow, mais ce qu’il peut dire c’est que ce sont des terres fertiles pour qui sait se servir d’un instrument, avec un certain talent, il va s’en dire. les WWPJ, comprenez We Were Promised Jetpacks, sont de ceux là. leur rock est brut, la batterie de Darren Lackie aussi guerrière que délicate, la basse entêtante de Sean Smith , la première guitare de Michael Palmer et la seconde d’Adam Thomson, qui assure aussi la partie chant.

leur concert démarre sans eux, A half built House ouvre le bal, une voix étouffée qui annonce three, two, five, one sur une guitare presque saturée… les têtards s’échauffent, les grenouilles et crapauds majeurs et vaccinés ne sont pas de reste. les WWPJ s’emparent de la scène, prolongeant le morceau avec Keeping Warm, dont la longue et fiévreuse introduction excite doucement les consciences tout en dérouillant les cuisses. préparez-vous les gars, ça va guincher. lorsqu’Adam Thomson ouvre la bouche pour chanter so, keep warm, tout le monde dans l’assistance sait qu’il ne reste que quelques secondes avant que la batterie ne vienne enflammer la salle. cette batterie qui sait distiller aussi bien des petits sons tout doux que des gros rythmes endiablés qui feraient sortir n’importe quel lapin se trouvant dans un chapeau. la folie éclate alors d’un seul et même tenant, et plus rien de pourra les arrêter. ni eux. ni nous.

les rifs nerveux de Quiet little Voices nous rendent fous de joie, les pogoteurs s’agitent au milieu, les grenouilles plus réservées regardent avec amusement les crapauds qui, comme moi, se déhanchent au point de se casser la figure. je me fraye un chemin, j’échappe aux pogoteurs, je joue à peine des coudes, me voilà devant, juste devant le bassiste. aux anges pendant une bonne heure, avec pour seule et unique leit-motiv : danser comme un fou et chanter avec Adam quand on connait les paroles. autant dire que tout le monde chante à se faire péter les cordes vocales. les bières passent de main en main, les clopes aussi. c’est la folie, votre crapaud a vingt ans de moins…

It’s Thunder and it’s Lightning joue tout en douceur sur le rythme de nos cuisses. on le sait que ça va se mettre à taper, on le sait, alors on a presque du mal à ne pas bondir partout avant que la batterie nous en donne le signal. your body was black and blue… on peut y aller, et paf, on se rentre dedans, on se marre, on se tortille comme des fous, c’est complètement insensé ! les WWPJ sont trempés de chaud, nous dégoulinons après seulement trois morceaux, ça dépense tout bonnement l’entendement ! Ship with Holes will Sink enflamme l’assistance et transforme le lido en un grand bûcher.

Roll up your Sleeves ne nous laisse pas vraiment le temps de reprendre notre souffle mais on sait qu’on va pouvoir faire une petite pause lorsque les guitares vont reprendre un peu de douceur sur la fin du morceau, prenant presque des airs joyeux à la Vampire Weekend, stay calm, stay calm, stay calm… je ne vois pas comment ce serait possible !

si les WWPJ jouent l’intégralité de leur album à l’exception de Conductor, ils présentent aussi leur dernier single, A far Cry. un morceau peut-être plus sombre que les autres, dans la lignée de Conductor. un calme salvateur enveloppe alors la salle, même si la batterie de Daren ne permet pas d’oublier qui est sur scène ce soir. Adam y pose sa voix avec justesse, sans forcer, le visage cramoisi par la chaleur et l’énergie qu’il dégage. car sur certains morceaux, il sort la grosse artillerie, n’hésitant à forcer. une voix un chouïa cassée s’y prête parfaitement, sans compter son délicieux accent.

Keeping Warm
Quiet Little Voices
New song
A Far Cry
It’s Thunder And It’s Lightning
Roll Up Your Sleeves
Ships With Holes Will Sink
Short Bursts

non contents de faire un rock tonique et vivifiant, les WWPJ savent aussi composer de très belles mélodies, tout en douceur, que le chanteur accompagne avec une voix plus maîtrisée et moins mordante. This is my House, this is my Home en fait partie, la douceur puis le feu d’artifice.

ils sont un chouïa timides les WWPJ, il faut dire qu’on est presque sur la scène, mais alors qu’est-ce qu’ils sont sympa et généreux. on sent bien qu’ils nous en donneraient volontiers davantage, mais ils n’en peuvent plus. nous non plus. une bonne heure rompue tambour battant, sans pause, à danser comme des fous. lorsqu’ils nous saluent et remercient une dernière fois, tout le monde s’essuie avec ce qu’il a sous la main, un t-shirt, un mouchoir, une grenouille, dans le meilleur des cas. on sait qu’ils ne reviendront pas, mais tout le monde quitte sans empressement le lido, en se dandinant encore sur les rythmes rock du dj qui a pris la relève. on se bouscule au stand des deux groupes, la fièvre de la soirée se prolonge dans les couloirs… ahhh, mais pourquoi faut-il que ça s’arrête ?!!!

quelques jours plus tard, votre crapaud ne se tient plus de voir arriver The National. ce groupe découvert tout seul par le crapaud, sans l’aide d’aucun de ses mentors, enfin ! ma grenouille batteuse a l’air calmement amusée par mon excitation. je me demande comment elle fait d’ailleurs pour conserver sa veste, il fait une chaleur qui n’est guère surprenante et pourtant difficile à supporter. à mesure que les rangs se serrent méchamment, ma grenouille se transforme en chevalier protecteur, empêchant quiconque de se mettre devant moi. je lui en suis extrêmement reconnaissant car nos comparses sont particulièrement grands ce soir. les nains se serrent les coudes et n’hésitent pas à marcher sur les pieds. non mais.

un trompettiste et un violoniste apparaissent discrètement sur scène. jamais la sensation d’écrasement n’aura été aussi forte, le public se resserre encore. et ça ne s’arrange pas lorsque les frères Dessner – Aaron (guitare, basse et piano) et Bryce (guitare/piano) – puis les frères Devendorf – Scott (guitare/basse) et Bryan (batterie) – et l’enfant unique (?!) Matt Berninger (chant) leur emboîtent le pas.

ah la la la la, la voix de Matt Berninger… cette voix profonde et grave, un chouïa nasillarde, parfois un peu triste, débordant de mélancolie. chez The National les thèmes des chansons ne sont pas légers, parfois dramatiques mais d’une beauté sans limite.

et ce soir, il est là, devant mes yeux pétillants de bonheur. élégance et sobriété maximum, presque un peu austère, dans son complet trois pièce sombre. ils sont drôlement photogéniques ces Nationaux. aucun d’entre eux n’arbore la fameuse chemise à carreaux américaine. c’est ça l’élégance new-yorkaise ! ce soir, on n’est pas au fin fond de la cambrousse texane !

ils attaquent fort avec Mistaken for Stranger qui embrase immédiatement la salle. les premières notes de guitare saturée ouvrent le bal, la batterie tambourine, Matt Berninger pose sa voix en fermant les yeux. ce morceau vraiment dansant prend une toute autre dimension lorsque trompette et violon remplacent (avantageusement) synthés ou guitares.

car même si The National fait la part belle aux guitares, le groupe a toujours accordé une place de choix aux piano, trompette, violon, tuba, bref, se déclinant plus comme un groupe de rock orchestral.

bon nombre des morceaux qui composent la setlist de la soirée me sont pour la plupart inconnus. normal, ils sont extraits de High Violet, leur nouvel album qui doit sortir dans les bacs… le lendemain !

l’interprétation de Matt Berninger sur Afraid of Everyone est particulièrement bouleversante, dramatique (cet homme souffre !), surtout qu’il a du mal à contenir sa timidité, ne semblant pas savoir quoi faire de son (grand) corps et surtout de ses mains. sa gestuelle est touchante, il se tord les mains, balancent ses longs bras, les cache dans son dos, laisse ses mains se lover autour du micro, se passe la main dans les cheveux. le grand désarroi du chanteur qui ne joue pas d’instrument (mais qui, avec Aaron Dessner, compose les textes).

à la fin du morceau, il annonce un morceau du nouvel album en rigolant presque, il rougit un chouïa comme s’il on venait de le prendre la main dans une bonbonnière. évidemment c’est une bonne blague, puisque voilà Secret Meeting, morceau qui ouvre le très bon Alligator et dont les textes tourmentés serreraient la gorge du crocodile le plus endurci.

 

Mistaken for Stranger
Anyone’s Ghost
Bloodbuzz Ohio

Afraid of Everyone
Secret Meeting

Vanderlyle Crybaby Geeks
Little Faith

Slow Show

Squalor Victoria

All the Wine

Lemonworld

Conversation 16
Apartment Story

Green Gloves

England
Abel

Fake Empire

Encore
Runayway
Sorrow
Mr. November

Terrible Love
About Today

tous les morceaux sont parfaits, parfois réorchestrés, en laissant tomber une guitare le temps de quelques secondes pour quelques notes de piano ou de violon. sur Apartment Story le tuba et le violon donnent un nouveau visage à ce morceau qui est une véritable tuerie. Abel donne l’occasion à Berninger de chanter comme un fou, autant dire hurler un grand cri guerrier, tandis que les autres le rejoignent au chant, donnant un petit air de révolte à cet excellent morceau, l’accompagnant de bonnes grosses guitares et d’une batterie tonitruante. pff, fait chaud, on n’en peut plus, l’ambiance est complètement dingo.

Conversation 16 donne l’occasion d’assister à un joli moment, puisque Berninger se trompe dans les paroles. un grand éclat de rire précédé de quelques secondes de gêne enflamme l’assistance. il a l’air méchamment rigolo ce grand timide. tellement rigolo, qu’à la fin du morceau, il se retranche au niveau de la batterie de Bryan Devendorf, fait mine de sauter dessus, mais n’y arrive pas, donnant un coup de bassin terrible pour éviter un atterrissage disgracieux sur la scène.

Apartment Story serre le coeur du crapaud encore davantage, ah la la que cette tristesse et cette noirceur sont belles. et je ne vous dis pas les premières notes de piano de Fake Empire qui déchaîne grenouilles et crapauds qui hurlent de bonheur… quand c’est au tour de la batterie d’entrer dans la danse – tout en douceur, comme une ivresse qui vous parcourt le corps et vous enivre – on sait que la fièvre ne va pas tarder.

chaleur, fatigue, excitation nous grignotent peu à peu, ce n’est pourtant pas tout à fait terminé. surtout quand Berninger décide d’en rajouter une couche, sur le fabuleux, excellent, incroyable, Mr. November, en décidant d’un seul coup de descendre dans le public pour finir le morceau. et pas seulement rester sur le devant, vers la scène, non, non allez au milieu. la foule de batraciens se fend en ligne droite pour le laisser passer, deux techniciens le suivent pour assurer le bon suivi du micro. l’hystérie est collective, tout le monde danse, on se frotte les uns aux autres, on s’essuie nos fronts de batraciens, certains se fraye un passage pour le rejoindre, sans y parvenir. quand il réapparait sur scène, le morceau se termine, presque au grand soulagement de tous !

Terrible Love apporte un peu de fraîcheur, malgré la batterie saccadée de ce nouveau morceau, on peut s’apaiser un peu. Un très beau morceau qui ouvre le nouvel album. Si ça vous dit, c’est par ici :

 

mais la fin approche et About today clôture le bal. si nous ne nous étions pas fait prier pour les encourager après leur première sortie de scène, là on sent bien que c’est f-i-n-i. tout le monde est cuit.

pour qui aime les cuisses de grenouille c’est le moment où jamais : après deux concerts pareils, tendresse maximum et pas un pet de graisses…

 

©Dupec and Buck&Gass’s pictures from their respective MySpace

©WWPJ’s pictures from MySpace and FatCat Records
©Kieth Kienowski for the black and white picture of The National. Other picture from American Mary