White Rabbits (Magnet Club, 01/06/10)

by juicyfrog

le crapaud trépigne en achetant son billet.
car il seront tous seuls, oui, tous seuls au Magnet.
et le crapaud veut être tout devant cette fois, pour en prendre plein les oreilles et les mirettes.

tout s’annonce pour le mieux dans le plus beau des étangs. la grenouille batteuse et la grenouille phacochère sont de la partie.

la nervosité du crapaud est malgré tout palpable en arrivant à la nouvelle adresse du Magnet Club, cette toute petite salle magique, fabuleuse, qui l’ensorcela pendant le concert des Dodos. une nouvelle adresse donc, mais avec presque la même configuration qu’avant, on ne devrait pas perdre au change, merci jésus des batraciens.

les dits batraciens prennent place devant la scène, stratégiquement installés, légèrement sur la droite. dans moins d’une heure les lapins seront là. une belle soirée entre bestioles.

les White Rabbits sont de retour à berlin, tout seuls cette fois, alors n’espérons même pas croiser un joli regard bleu… installez-vous confortablement, vous voilà, vous aussi, au Magnet…

pour vous mettre bien dans l’ambiance, sur la scène se trouve divers instruments divers et variés, avec en premier plan un clavier et une… harpe ! les grenouilles et le crapaud ricanent sous cape et se lancent un regard tout autant apeuré qu’amusé en voyant des ombres monter sur scène.

une des choses se met en position derrière la harpe. elle est suivie par une autre chose qui est au clavier. les deux trucs sont habillés dans des vêtements un peu glitter, moulants, dans de jolis tons, le bon goût assuré.

il faudra supporter le premier morceau pour apprendre que nous avons la chance et le bonheur ce soir d’avoir devant nous Active Child. pourrait-on nous indiquer la sortie de secours, s’il vous plaît ?!

Pat Grossi est donc à la harpe, il chante très haut, bien qu’il soit loin de vous donner le frisson comme Jónsi (ndr : le chanteur de Sigur Rós) peut le faire en moins de trois secondes. pendant ce temps, le copain de Pat joue des rythmes électro fleurant mauvais (ou bon, c’est selon) les années 80.

il est très tentant de quitter la salle. mais le problème, c’est que si on part maintenant, on pourra très certainement se gratter pour avoir des places pareilles pour les lapins. alors on souffre, en silence, et on essaye de prendre ça à la rigolade, même si ça fait mal aux oreilles.

heureusement ça finit par s’arrêter et ça commence à sentir le lapin. c’est tout doux. la scène est minuscule et rappelons que les lapins sont quand même au nombre de six et qu’ils ne tiennent pas dans un chapeau.
le piano est juste devant le crapaud. Stephen Patterson va pouvoir brailler et s’exciter sur son piano, là, oui, juste devant le crapaud. tiens ben d’ailleurs le voilà, alors qu’une tribu de crapauds se trouvant à mes côtés commence à hurler comme à la saison des amours. je détourne rapidement mes yeux de la scène pour comprendre… les hystériques sont des têtards, bigre, ils sont venus en nombre !

pendant ce temps, Greg Roberts (guitare/chant) se place sur la gauche de la scène, mais c’est presque comme s’il était devant nous. Brian Betancourt (basse) s’installe entre le piano et les deux batteries de Matt Clarck et Jamie Levinson. Alex Even et sa guitare se positionnent au milieu. ben dis donc, on est drôlement près, c’en est presque intimidant… Stephen Patterson nous fait un sourire gêné rien que pour nous, ben oui, forcément on joue presque avec lui. la lumière s’éteint, les crapauds frémissent en silence pendant que les grenouilles retiennent leur souffle.

dès la première note, les frissons laissent place à l’incrédulité. c’est quoi ce son sorti des cabinets ?
nous sommes médusés. oui, on entend parfaitement le piano et une des batteries. mais… mais, où sont les guitares et la basse ? et les voix (heureusement que Patterson chante bien fort en ouvrant bien grand la bouche), on est près, on est beaucoup trop près, FFS !

une fois le désappointement ravalé, le crapaud décide que ce n’est pas une raison pour faire la tronche. après tout, rarement il aura la chance d’avoir l’impression d’être sur la scène avec un groupe qui le rend heureux.
alors on détend et on fait un joli sourire à Patterson, dont la voix, et la bière, font bien vite faire oublier au crapaud sa mauvaise humeur passagère. quel grognon ce crapaud, vraiment.

la bière de Stephen Patterson. alors, soyons clair, ce jeune homme assure comme une bête au piano (entre autres). en revanche, il ne sait pas, mais alors vraiment pas boire une bière. il saisit comme une brute la bouteille, la porte à sa bouche à la fin du premier morceau, la repose comme un bourrin, la mousse grimpe, il en a plein les mains – y’en a plein les câbles aussi – il s’essuie comme il peut et attaque Rudie Fails un brin stressé. à la fin du morceau il cherche sa bière de la main, la trouve, la porte à sa bouche, ça mousse de partout, il la repose, la bouteille chavire sur les câbles. on se marre au premier rang. le crapaud tend sa main, relève la bouteille, tandis qu’un autre crapaud passe des mouchoirs pour éponger les câbles.

pendant The Plot, Patterson n’en peut plus de cette bière qui mousse, surtout que les lapins enflamment l’assistance avec leurs morceaux qui rendent fous et il fait chaud. ça donne soif. alors il prend la deuxième bouteille qu’il a à proximité. et ça recommence, il avale une gorgée, ça mousse, il en a partout, il pose la bouteille légèrement excédé, il la renverse. le crapaud la relève. il a de la bière partout autour de lui. et le crapaud est au comble du bonheur… car Patterson joue et tape furieusement du pied… entre deux morceaux, il finit par se rendre compte de l’état de sa robe (je suis un crapaud coquet, je mets des robes). il me jette un regard piteux, et j’entends « sorry » sortir de sa bouche. je m’entends lui répondre « my pleasure ». ah qu’est-ce qu’on rigole !

sinon, à part la bière, rien, rien, absolument rien n’est à jeter chez les White Rabbits. des guitares dansantes et mélodiques (quand on les entend), des batteries qui réveilleraient une grenouille momifiée depuis des siècles. un piano qui rend heureux puis fou et des chants qui se superposent et se complètent avec justesse.

les morceaux sont très (sans être trop) rapides mais bien ficelés. on ne perd pas de temps à discuter avec le public, après tout, les lapins ne sont pas là pour ça. Percussion Gun déchaîne les batraciens, avec ses deux batteries enragées (le regard dans le vague et légèrement hypnotisé d’un des batteurs inspire par ailleurs une certaine crainte à l’assemblée).

They done Wrong/We done Wrong laisse place à une délicieuse mélodie à la guitare, à un piano moins grave mais au combien remarquable et à des batteries plus discrètes. les premières notes de Lionesse donnent lieu à une douce frénésie générale avec ses notes de piano complètement dégénérées et entêtantes et des guitares très spooniennes. les mêmes guitares oscillent entre douceur et déchaînement sur Midnight and I tandis que la voix presque plaintive de Patterson nous enveloppe avec une certaine sensualité.

je vous laisse décoder la setlist, gnarf, gnarf, gnarf !

lorsque la dernière note de The Salesman (Tramp life) retentit, le désespoir est général.
on ne veut pas partir, on vous aime les lapins (et pas seulement à la moutarde)… ça coasse fort dans la salle.

mais alors que la lumière jaillit, la main du crapaud se tend une dernière fois sur la scène et s’empare de la setlist sous le regard incrédule des têtards…

[©Active Child and White Rabbit’s pictures from their respective MySpace ; ©Andrew Droz Palermo for Percussion Gun‘s pictures]

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