Arcade Fire (Tempodrom, 31/08/10)

le crapaud est intimidé de se retrouver au tempodrom, allez savoir pourquoi. ce n’est pas la grande forme ce soir là, mais bon, il essaye de se détendre et d’oublier qu’il est, encore, une fois, tout seul.

le chapiteau magique du tempodrom fait s’évader rapidement le crapaud ailleurs. plutôt vilain de l’extérieur (quoique photogénique), son intérieur est somptueux, surtout quand on a les yeux au ciel.
des projecteurs partout, des câbles qui s’entremêlent harmonieusement, des rampes lumineuses à foison, des enceintes de toutes les tailles possibles…
je crois que je pourrais passer ma soirée à observer son dôme sans m’ennuyer une seconde, avant qu’un t-shirt ne me fasse quitter les sommets pour revenir vers la scène.
j’ai presque envie d’aller causer à la grenouille qui le porte. dessus rien de spécial, si ce n’est la reproduction de la pochette de Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven, mais ça suffit à me ramener sur terre et à commencer à me sentir bien, alors qu’Owen Pallett arrive déjà.

presque tout seul avec violon, ses pédales et un clavier, Owen Pallett va enflammer le tempodrom en moins de deux minutes trente environ, la durée de son premier morceau. affable, sympa et drôle, je le trouve bien plus convaincant sur scène que sur son dernier album, Heartland dont la douzaine de titres semble filer sans que vous ne l’ayez à peine remarquer.

collaborateur (entre autres de Beirut et des Last Shadow Puppets, il ouvre, ce soir, le bal à Arcade Fire pour qui il a arrangé les lignes de cordes pour The Suburbs, leur dernier album. il accompagne par ailleurs Arcade Fire depuis leurs débuts.
ce jeune canadien de talent (ndr : talent rime souvent avec canadien) est un formidable violoniste en boucle, non sans rappeler Andrew Bird dans sa façon de se produire sur scène. les morceaux qu’il créé devant nous sont frais et entêtants, renforcés par des mélodies chantées, frisant celle de l’oiseau précité tout en étant plus fragile. avant de nous quitter, il déchaine une bonne fois pour toute le parterre de batraciens en interprétant une version incroyable et très jubilatoire de Odessa de Caribou.

les Arcade Fire ne se font pas trop attendre et s’emparent de la scène peu de temps après. on ne sait pas trop où donner de la tête, ils arrivent de tous les côtés et Owen Pallett est de la fête. Régine déboule en sautillant partout et s’installe à la batterie. une espèce de liesse et de bonne humeur arrivent jusqu’à nous.

et Ready to start annonce l’ouverture d’un fabuleux concert qui mélangera harmonieusement Funeral, Neon Bible et The Suburbs, comme vous pouvez en juger par vous-mêmes :

Ready to Start

Month of May
Keep the Car Running
No Cars Go
Haïti
Modern Man
The Suburbs
The Suburbs (continued)
Suburban War
Intervention
Crown of Love
Neighborhood #1 (Tunnels)
We used to Wait
Neighborhood #3 (Power out)
Rebellion (Lies)

Encore:
Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)
Wake up

fan absolu de Neon Bible, le crapaud se laissera ce soir complètement emporté par tous les morceaux, sans exception, Neighborhood #1 et #3 en tête.
je ne sais pas comment dire, mais si j’ai toujours chanté à tue-tête No Cars Go, par exemple, et me suis toujours dandiné (planqué sur mon nénuphar uniquement, hein, pas en public) sur le deuxième album des Arcade Fire. pourtant ce soir je me sens pas du tout comme à l’accoutumée.

je m’explique : si vous me demandez de vous décrire Arcade Fire, je vous dirais simplement que c’est un groupe dynamisant, joyeux, pétant la forme, rock, qui rend heureux. mais là, ce soir, c’est juste… différent. disons que je me suis toujours laissé emporté par la folie de Régine, mais jamais par la mélancolie de Win. mazette, comment est-ce possible ?!

alors évidemment quand, ce soir, Win met toute l’émotion qu’il semble pouvoir dans The Suburbs (continued), je sens une méchante boule se former dans ma gorge. le crapaud se sent liquide, tout chambardé, bouleversé comme pas possible par ce géant grattouillant majestueusement sa guitare qu’il a soudainement envie de serrer dans ses bras. j’ai l’impression de redécouvrir Arcade Fire, comme si toute la dimension dramatique de l’interprétation de Win Buttler m’était aujourd’hui nouvelle. sa seule interprétation de Suburban War en est un exemple parfait, la façon qu’il a de chanter « All my old friends, they don’t know me now » donne carrément envie au crapaud de se répandre.

il nous emmène bel et bien avec lui dans ses histoires (les textes chez Arcade Fire sont bien éloignés des baby, oh, baby et simples ouh ouh). The Suburbs est par ailleurs emprunt d’une tristesse et d’une réflexion quelque peu sombre sur les jeunes années, les années perdues, la jeunesse, celle qui pourrait être la nôtre, même si on n’a pas tous eu le « bonheur » de grandir dans une banlieue.
toute cette émotion dégagée n’enlève rien au fait que ce soir, Arcade Fire participe au prix du meilleur concert de l’année et qu’il est un immense groupe rock, n’hésitant ni à faire gronder les guitares ni à fleurer (bon) avec des rythmes, dirons-nous, plus hérités des années 80 que de ce qu’on a l’habitude d’entendre sur leurs albums.

l’interprétation de Régine, sur fonds de claviers tonitruants sur Rebellion (Lies) et Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) me fait me demander ce que c’est que cette zoubia, mais bon, il faut bien avouer que ça donne méchamment la pêche ! et puis elle est tellement sympa qu’on lui pardonne de ne pas supporter (d’habitude) sa voix.

oui, bon, vous savez, le crapaud et les voix de filles, c’est une longue histoire… n’empêche, quand les dernières notes de Wake Up résonnent et qu’il sent ses cuisses bouillir, le crapaud, ben, il n’a qu’une envie : que ça continue…

il suit alors le t-shirt Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven et se dirige vers la sortie, gonflé à bloc. il passera la nuit à lutter contre des acouphènes douloureux qui n’empêcheront pas la folie Arcade Fire qui s’en suivra et durera de longs mois…

Anton Corbijn (Arcade Fire’s pictures)]