Jóhann Jóhannsson (Volksbühne, 26/09/10)

by juicyfrog

ça a commencé par un quiproquo, le genre que j’affectionne particulièrement.

la grenouille phacochère me demande un jour si je vais le 26 septembre à la volksbühne et moi je réponds que, non, j’y vais le 12 octobre.
– pourquoi, y’a quoi le 26 ?
– et y’a quoi le 12 ?
– othello mis en scène par ostermeier.
– ah bon, à la volksbühne?
– ben oui (…)
un ange passe, la connexion avec le monde réel s’établie brusquement… juicy frog, can you hear me?
– euh, tu as dit la volksbühne ?…
– ben oui ! tu as vu qui vient ?
– non, attends… http://www.volksbuehne-berlin.de arghhhh…. !!!! tu as des places ?
– pas encore, j’allais réserver…
– je m’en charge…

une minute trente après, les billets sont réservés. la grenouille phacochère, la grenouille badiouiène et le crapaud seront de la partie… nous voilà donc un dimanche soir. à la volksbühne, donc…

il pleut des cordes, l’automne est là (et je l’ai connu plus gai), l’humeur n’est pas à la gaudriole. c’est doux et humide, le crapaud est tout heureux.

on n’a pas fait exprès d’avoir un temps pareil, mais il se trouve qu’il ne pouvait pas être plus adapté…

car ce soir, les heureux batraciens de la mare passent la soirée avec Jóhann Jóhannsson, un compositeur islandais qui vous noue la gorge en moins de deux minutes par la beauté de ses compositions. ses morceaux sont aériens et chauds, même s’il lui arrive aussi de vous faire dodeliner de la tête comme si vous écoutiez un morceau endiablé.

du piano, des cordes, des touches d’électro pour la base. et puis aussi parfois tuba, trompette, batterie, glockenspiel, orgue… et puis des voix aussi, des choeurs d’opéra…

ce fabuleux compositeur est fondateur et membre d’un groupe sympa mais sans grand intérêt aux yeux du crapaud appelé Apparat Organ Quartet : cinq musiciens qui essaient d’imiter Kraftwerk derrière leurs synthés, sans y parvenir vraiment.

aujourd’hui Jóhann Jóhannsson est désormais connu et reconnu pour ses compositions classiques et expérimentales, ainsi que ses nombreuses collaborations avec le cinéma, le théâtre, ou encore la danse. et ce soir, il est en formation classique et s’accompagne pour l’occasion d’un piano, d’un quatuor à cordes et de deux portables avec un fruit qu’on mange volontiers à cette saison.

mais avant d’avoir le bonheur de se plonger dans l’univers johanssonnien, laissons la place à Lonelady. un trio guitare, batterie et clavier qui, autant le dire tout de suite, n’a vraiment rien à voir avec l’artiste qui suit. du rock de Manchester, signé chez Warp. bien, bien.

Julie Campbell donne de la voix tout en grattouillant (avec un certain talent) ses cordes de guitare à la PJH* (dont elle n’a, malheureusement, ni la voix, ni le sexe à (john) pile), Andrew Cheetham à la batterie (une merveille pour les yeux et les oreilles) et Gareth Smith au clavier et une batterie analogique, oui enfin, juste un pad (le même genre que celui utilisé par Geoff Barrow sur Machine Gun), qui a lui tout seul a égaillé la soirée !

(*le crapaud a honteusement conscience de ses allusions répétées à Polly Jean Harvey. il va essayer de se trouver un autre gourou pour les prochaines chroniques…).

il faut dire que Gareth Smith ne sourit point. les autres non plus, d’ailleurs, sauf que lui en plus, il dégage une certaine antipathie. il donne en outre franchement l’impression de s’ennuyer mortellement sur tous les morceaux. plusieurs fois nous pouffons de rire tant sa mine et sa passion sont débordantes ! sans compter que certains morceaux gagneraient justement en profondeur et en musicalité, s’ils se limitaient à un duo guitare/batterie.

les morceaux de Lonelady ne sont pas mal du tout, de bons rythmes bien entrainants, des sons rageurs, des mélodies plutôt soignées, c’est tout simplement dommage qu’on ne soit pas venu écouter ce genre de musique. surtout assis… ! en tout cas, s’ils n’ont pas ouvert la bouche pendant tout leur set, Julie Campbell nous salue en partant. et comme on comprend « bonsoir » et « good evening », les spéculations vont bon train : sont-ils anglais, allemands, non ils ne sont pas français… belges ? oui, belges pourquoi pas ! ha ha ha, belges de Manchester !!

place maintenant à Jóhann Jóhannsson.

s’il a pas mal changé physiquement, il arrive comme à son habitude sur scène. discret et à pas de loups, sourire franc mais timide, costume impeccable. ses doigts se posent sur un des portables pendant que le quatuor s’installe, trois violons et un violoncelle. un souffle sonore envahit alors la salle.

un film noir et blanc, dans l’esthétique de la pochette de son dernier album And In The Endless Pause There Came The Sound Of Bees, qui est en fait la musique du court-métrage d’animation Varmints de Marc Crastle, dont voici un petit extrait pour vous mettre l’eau à la bouche :

sur ce dernier album justement, il délaisse les voix synthétiques au profit de chœurs fantastiques qui convertiraient en moine fervent n’importe quel crapaud athée. dès la première note de violon, le crapaud s’envole loin de la vase malodorante de son étang pourtant bien propret… place à l’apaisement, au recueillement, aux larmes de bonheur.

les morceaux choisis ce soir sont principalement extraits de son tout premier album Englabörn, découvert sur les routes d’Islande après un passage chez 12 Tónar, il y a quelques années… le crapaud sent sa gorge se serrer méchamment…

… car il se revoit d’un seul coup, découvrir des morceaux accompagnant parfaitement le paysage qu’il a devant ses yeux éberlués et médusés par la beauté, lui faisant oublier le bruit du moteur. vous êtes méchamment ému, vous ne savez pas pourquoi. c’est beau, c’est juste beau et vous n’avez jamais vu ça auparavant.

quand Salfraedingur démarre, les yeux de la grenouille phacochère et du crapaud se croisent, la mélancolie s’installe, les souvenirs ressurgissent l’espace de quelques secondes, jusqu’à ce que l’on soit définitivement happé par la mélodie et cette impression de partir on ne sait où, mais là où on sera bien.

personne ne bouge dans la salle. une petite centaines d’yeux fermés, tous batraciens confondus. on en oublie même parfois d’applaudir entre les morceaux. à moins que cela relève plutôt du crime de lèse majesté que de briser l’harmonie qui se dégage de la scène.

d’ailleurs plutôt que de continuer à palabrer, isolez-vous quelque part, branchez un casque si vous en avez un, ouvrez grandes vos oreilles et cliquez par ici :

ici

ou encore .

j’espère que vous serez transporté aussi loin que le crapaud.

si ça vous dit, on peut se retrouver quelque part aux alentours du Jökulsárlon. ou au pied de Krafla. ou du Snaeffelness. ou n’importe où, pourvu que ce soit là bas.

avec Jóhann Jóhannsson dans les oreilles.

[©pictures: Lonelady’s and Jóhann Jóhannsson’s websites]

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