Ninja Tune XX (Astra, 24/09/10)

by juicyfrog

ouh la la, comment vous dire ?

le bonheur de faire découvrir un groupe à des amis batraciens, la joie d’aller à un concert ensemble, l’honneur de voir des potes vous faire suffisamment confiance pour vous suivre les paupières closes.

ouais, c’est tout ça réuni qui s’annonce à l’Astra.

le crapaud est excité à fond les ballons (puissance 8 sur l’échelle de kermit), arghh, deux soirées Ninja TuneXX pour les vingt ans du label londonien, chéri par le batracien pour diverses raisons dont la principale tient en deux mots : The Herbaliser.

jusqu’à Take London, et avant de passer chez !K7, les Herbz étaient des ninja, tout comme (entre autres) Colcult, DJ Food, DJ Vadim, Bonobo, Roots Manuva, Kid Koala, Antipop Consortium, Fink, Lou Rhodes, Andreya Triana… et the Cinematic Orchestra !

Ninja Tune c’est aussi l’excellente compile Xen Cuts qui rythme parfois les dimanches du crapaud alors qu’elle conviendrait mieux à un samedi soir endiablé.

bon enfin, bref, ce soir c’est la méga teuf, le crapaud attend ça depuis des semaines.

voir Bonobo, Andreya Triana et surtout The Cinematic Orchestra, ce groupe qu’il ne partage avec vraiment pas grand monde, allez savoir pourquoi.

un groupe à formation variable avec Jason Swinscoe à sa tête, responsable machinerie et orchestration. de l’électro, du jazz, des samples, parfois des voix. très cinematic.

d’ailleurs, après Motion, leur premier album en 1999, le groupe s’est fait remarqué la même année pour leur participation à la cérémonie de la Director’s Guild of Great Britain rendant hommage à l’oeuvre de Stanley Kubrick.

et en 2001, The Cinematic Orchestra reçoit une commande de la ville de Porto, alors capitale européenne de la culture : sa mission ? écrire une bande son pour accompagner le (excellent) film de Dziga Vertov, Man with a Movie Camera, datant de 1929.

et cet album du groupe est, de la première à la dernière note, vertigineux.

je reste malgré tout plus circonspect, lorsque que le groupe s’entoure d’interprètes pour mettre des mots sur sa musique. autant la voix de Fontella Bass et Lou Rhodes se prêtent harmonieusement à Ma Fleur, leur dernier album, autant celle de Patrick Watson ramollie les morceaux (malgré toute l’estime que le crapaud à pour Patrick Watson). mais bon, ce soir, on s’en fiche, ils sont là, c’est tout ce qui compte.

lorsque j’arrive avec la grenouille belgo-suisse, le crapaud qui ne regarde pas les films en VO et sa grenouille taciturne, j’ai du mal à contenir mon excitation.les murs de l’astra sont recouverts des pochettes des disques, format vinyle, qui ont fait l’histoire du label ; un set électro résonne dans la grande salle (des DJ sont sur scène, sans doute Delfonic et Dorian Concept), il fait chaud, la bière est fraîche.

je reste avec ma grenouille belgo-suisse, pendant que les autres vont s’asseoir « en attendant que ça commence » (ça a commencé, mais bon, personne ne semble prêt à se bouger les cuisses sur de l’électro à cette heure). Andreya Triana arrive alors sur scène suivie de près par monsieur Green-Bonobo qui s’empare d’une contrebasse. je suis très intrigué de les voir, car je trouve vraiment que son premier album Lost where I Belong est une parfaite réussite. sa voix est délicieuse, intelligemment posée sur chacun des morceaux, la production de Bonobo est impeccable, les rythmes jazz fleurent bon, oui vraiment, c’est un album très agréable.

la production justement, ce soir il n’y en aura pas. Bonobo ne peut pas être au four et au moulin. et bien qu’il soit un sacré contrebassiste (entre autres), que la voix d’Andreya soit parfaite et que Fink les rejoigne à la guitare, le concert ne décolle pas une seconde. les morceaux s’enchaînent sans intérêt, l’ambiance est au point mort. les mélodies sont agréables sans même accrocher l’oreille. pourtant je le connais presque par cœur son album, c’est fou.
sans compter que là où nous sommes placés, c’est une véritable autoroute. pas moyen d’être tranquille, crapauds et grenouilles bous bousculent sans cesse, soit pour aller au bar, soit pour sortir fumer un clop (même si, un clop, ça peut faire exploser un batracien !).

alors quand le concert se termine, je n’ai qu’une envie, rentrer dans mon étang et mettre le disque sur ma platine. mais bon, on sort nous aussi s’en fumer une et retrouver les copains.

et lorsque vient le moment de revenir dans la salle, je guide tout le monde, là où j’ai l’habitude de me placer quand je viens à l’astra, idéal pour les crapauds qui (dans leur jeunesse) ont rechigné à manger de la soupe. la vue est plus ou moins dégagée, et en plus personne ne remonte à contre-courant. c’est bon de ne plus voir tous ces saumons vous arriver dessus…

c’est à ce moment précis que la surprise se produit. quel étonnement, ah ça oui, ami lecteur, de voir arriver sur scène Lou Rhodes pour vingt petites minutes d’enchantement, car le crapaud avait accessoirement oublié qu’elle était aussi chez Ninja Tune !

si sur disque, sa jolie voix rocailleuse ne lui provoque pas grande émotion sans Andy Barlow, son pote de Lamb (un groupe de trip-hop, jazz, dub, drum and bass, comme il se dénomme) sur scène, c’est autre chose. ce ne serait pas mentir que de dire que, ce soir, elle ensorcèle l’auditoire en un seul et unique morceau. accompagnée d’une simple guitare folk, elle nous fait oublier que Ninja Tune est un label électro, tout est douillet et harmonieux, qu’on est bien.

si Lou Rhodes se la pète méchant, on lui pardonne, après tout, elle a les atouts pour le faire.

pour vous donner une idée du travail de Lou Rhodes, écoutez cette très belle reprise de Satellite qu’elle a faite d’Elliott Smith.

le crapaud rêve déjà de l’entendre avec les Cinematic Orchestra, puisque c’est elle qui clôture (en beauté) Ma Fleur. (même si elle ne lui fera pas ce plaisir, peu importe).

alors, lorsque monsieur Swinscoe arrive sur scène avec sa casquette, le crapaud a envie de bondir comme un diable en cage. Patrick Carpenter rejoint ses claviers, Tom Chant s’empare de son saxo (qu’il échange parfois par une trompette), Nick Ramm est au piano, Stuart McCallum à la guitare, Phil France à contrebasse et Luke Flowers à la batterie.

 

je dois bien avouer que je dois oublier quelqu’un mais ils sont si nombreux sur scène que j’ai du mal à m’y retrouver !

la grâce même s’empare de la scène lorsque l’excellente Eska Mitungwari apparaît sur All that you give.

ne connaissant pas spécialement les titres des morceaux des Cinematic Orchestra, je suis en peine de vous donner une setlist, mais je peux surtout vous dire que le crapaud, bien que se retrouvant assez vite seul (tous ses crapauds et grenouille amis le laissent en plan), va s’éclater comme un fou.

je reconnais quand même All Things to all Men (mais sans Roots Manuva !), Child Song, Music Box, Familiar Ground, Flite et surtout Work it!, ce morceau tonitruant de A Man with a Movie Camera que je vous propose d’écouter sans plus attendre :

j’en oublie presque que mes potes m’ont abandonné, les lâches ! je me dis que vraiment, jamais je n’arriverai à trouver quelqu’un qui accroche à la folie cinématique de cet orchestre. mais ça m’est bien égal, car vraiment je n’aurais jamais espéré avoir la chance de les voir un jour. si bien que je rentre dans mon étang, heureux et sautillant.

n’empêche, le lendemain, alors que je trépigne de me rendre à la seconde partie du festival, la vraie soirée électro, à l’Icon en plus, j’apprends par sms que finalement personne ne m’accompagnera. je vais donc me coucher la mort dans l’âme et rageur en pensant à DJ Food, Bonobo et Kid Koala qui doivent être là..

Svenja Paulsen]

Advertisements