Month: August, 2011

post-rock season, part 3 featuring Mogwai

ah la la, mais quel bel hiver… jamais l’hiver n’aura été autant synonyme de post-rock et de bonheur.

heureux de vous les cailler, de voir le temps rester gris, de boire du thé sans vous arrêter, de vous coller aux radiateurs, d’empiler les pulls et d’être en amour avec votre couette et de visiter des salles de concerts chaudes bouillantes en portant des t-shirts légers réservés normalement à l’été !

nous sommes en mars, le 29 très exactement, et ce soir le groupe de post-rock qui s’invite au Huxley’s Neue Welt est écossais.

alors qu’ils semblaient avoir déjà tout dit, avec des albums et des EP peut-être trop nombreux pour être tous excellents, Mogwai se refait une santé et paf annonce la sortie de Special Moves en 2010, leur premier album live, s’accompagnant de Burning, un DVD tout aussi remarquable que certains morceaux de l’album.

bien bien, un live, qui fait aussi office d’énième compile en somme.

ça aurait pu s’arrêter là, mais à la fin de la même année, le groupe annonce la sortie de Hardcore Will Never Die, But You Will pour 2011. leur septième album (hors live, musiques de film et compilations) arrive sur le nénuphar en grandes pompes, le crapaud se sépare de tous ses mp3 et achète tous les albums de Mogwai (dont l’excellent Government Commissions). finie la rigolade.

et le voilà ce soir, tout heureux d’être au Huxley’s, même s’il aurait préféré voir le groupe à la Postbahnhof, comme c’était initialement prévu.

RM Hubbert ouvre le  bal avec sa guitare folk, et des textes un chouia mélancoliques et tristounes qu’il accompagne de douces mélodies. il nous offre un moment d’apaisement, annonciateur d’une tempête de longues plaintes de guitares qui seront, elles, électriques. le temps de remballer sa guitare et de vaguement réaménager la scène, et voilà Stuart Braithwaite, John Cummings, Barry Burns (guitares), Dominic Aitchison (basse) et Martin Bulloch (batteries), qui arrivent accueillis par des hurlements de batraciens déchaînés.

leur set débute comme leur dernier album avec White Noise, un morceau qui commence gentiment pour s’encrasser rapidement d’une guitare torturée, pas très nouveau dans le répertoire mogwaïen mais juste un bon début. évidemment je pourrais ressortir les habituels poncifs des grincheux se disant chroniqueurs musicaux, du genre « pas assez novateur », « déjà entendu », « à quoi bon » … ouais, et alors ? sur mon nénuphar nous n’en avons cure, ce qui compte c’est que ce soit bon. et si d’aventure on se prend à faire oui de la tête au rythme des guitares, de la batterie ou des crachats de son ampli, c’est gagné !

et c’est précisément l’effet que Rano Pano produit, un sacré morceau qui déchire les oreilles avec ses guitares saturées qui se superposent avec élégance et rage contenue.

White Noise
Rano Pano
Killing all the Flies
Death Days
Hasenhide
How to be a Werewolf
San Pedro
I’m Jim Morrison, I’m Dead
Mogwai Fear Satan
You’re Lionel Richie
2 Rights Make 1 Wrong
Batcat

Encore :
Auto Rock
Hunted by a Freak
Mexican Grand Prix

la réussite de ce concert (comme les albums de Mogwai en général) tient à deux choses : une setlist préparée et orchestrée avec soin, mélangeant intelligemment des morceaux du dernier album (même le très plat Death Rays passe bien) et des morceaux incontournables comme le formidable Hunted By A Freak, le tranquille I’m Jim Morrison, I’m Dead ou encore le bruyant Batcat (qui est décidément bien éloigné de la ligne post-rock). sans compter que le groupe est étonnamment communicatif pour dire qu’ils font de la musique de nerds.

si Like Herod ou le génial New Paths to Helicon Part I manquent à l’appel, le crapaud ne se tient plus aux premières notes de Mogwai Fear Satan, un morceau terrible qui joue méchamment avec votre rythme cardiaque.

des plages de calme infini (où Stuart Braithwaite caresse sa guitare avec une patience et délicatesse qui rendraient fou d’amour n’importe quel crapaud) jouxtent des guitares qui grondent et vous explosent les tympans usant (sans abuser) d’effets de distorsion magistraux. ce morceau là peut être mortel au casque, soyez prudent.

pour vous donner une idée concrète de Mogwai Fear Satan, jetez un œil à cette vidéo réalisée par Nathanaël Le Scouarnec (qui seconde le fabuleux Vincent Moon sur Burning).

 

vous remarquerez sans doute que non contents d’avoir un nom rigolo (sorti tout droit du film « Les Gremlins »), les Mogwai ont le secret du titre qui fait sourire ou rend perplexe, un de mes préférés étant I Love You, I’m Going To Blow Up Your School (un très bon morceau soit dit en passant).

Mogwai n’a peur de rien et surtout pas de Satan, nous l’avons vu. c’est donc en toute bonne logique qu’il n’hésite pas à sortir des albums en se moquant bien du qu’en-dira-t-on, et en plus sur son propre label, Rock Action!et puisqu’on en parle, le prochain EP Earth Division est annoncé pour septembre ! le premier extrait Get To France est en écoute ici.

on prendra soin de noter que ce morceau ne ressemble en rien à du Mogwai, alors on ouvre ses oreilles, on ferme les yeux et on se tait.

[© pictures from Mogwai’s MySpace or official Website]

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post-rock season, part 2 featuring GY!BE


cette année, le crapaud fête son anniversaire le 20 janvier.
un événement en soi, puisque ce n’est pas arrivé depuis… un peu plus de dix ans ou quelque chose comme ça…

bref, cette année, c’est la fête, même si personne n’est convié à me rejoindre pour la soirée qui s’annonce, car je crois que GY!BE est le seul groupe que je n’ai envie de partager avec personne… (en tout cas, personne ne se trouvant sur l’étang).

s’il est vrai que les canadiens ne sont pas restés muets ces dernières années, en publiant d’autres albums avec d’autres formations (ne serait que l’épatant Kollaps Tradixionales de A Silver Mount Zion paru en 2010), leur venue dans l’étang constitue un vrai moment d’exception.

après sept ans d’abstinence, Godspeed You! Black Emperor est à l’Astra et le crapaud est plus que jamais sur Jupiter ou quelque part par là-bas.

car se retrouver devant GY!BE, ça vous coupe les cuisses… pour preuve, mes pattes avant qui sont toutes moites.
autant que je me souvienne, mon premier (et unique) concert de GY!BE en 2003 a été une expérience unique car inoubliable : le seul moment de ma vie où je suis senti partir à un endroit non répertorié sur une carte, où ma tête s’est enfin mis en veille, où je me suis laisser perdre sans rien contrôler à aucun moment.


à la base, Godspeed représente l’association parfaite entre le violon, le violoncelle, la basse, la batterie, la guitare électrique et le tournevis.
multipliez par deux ou trois le tout (sauf pour les cordes) : deux batteries, deux à trois guitares, une à deux basses, deux à trois tournevis (le tournevis étant l’allié indispensable de la guitare pour la faire pleurer et prolonger la note à l’infini).
s’ajoutent parfois aussi une contrebasse, du glockenspiel, des claviers, de l’accordéon…

faites ensuite quelques boucles, superposez-les avec délicatesse, montez une chantilly hypnotisante et pas trop sucrée, appuyez doucement sur la pédale d’accélération, laissez votre cœur s’emballer gentiment, encore, un peu plus vite, jusqu’à l’explosion.
vous pouvez ensuite reprendre votre souffle, vous essuyer le front et prendre éventuellement une douche.

ce soir, devant vous : Efrim Menuck (guitare), David Bryant (guitare), Mike Moya (guitare), Bruce Cawdron (batterie), Aidan Girt (batterie), Mauro Pezzente (basse), Sophie Trudeau (violon) et Thierry Amar (basse/contrebasse).

et derrière vous : Karl Lemieux et une bonne tripotée de projecteurs (diffusant des boucles super 8).

ouvrez grand vos oreilles pour quelques morceaux durant entre dix et trente minutes, avec en ouverture un morceau encore jamais entendu, suivi un peu plus tard de Albanian, tout nouveau lui aussi…

Hope Drone
Gathering Storm
Monheim
Albanian
Chart #3
World Police and Friendly
Dead Metheny
The Cowboy

Encore :
Moya
BBF3

imaginez ensuite le crapaud tout conquis en voyant revenir le groupe pour les rappels, et devenant complètement enragé à la première note de Moya (suivi du magistral BBF3)… les deux morceaux de Slow Riot for a Zerø Kanada, le meilleur EP de l’histoire du post-rock, n’ayons pas peur de le dire !

si personne ne décroche un mot sur scène comme dans le public, l’intensité du moment présent est perceptible sur bien des visages. les lumières diffuses et intermittentes créées par les boucles super 8 nous plongent parfois dans le noir, prolongeant cet état de bien-être total difficilement atteignable sans prendre quelque stupéfiant.

chaque morceau est une tuerie sans nom, et pourtant quand GY!BE quitte la scène, nous offrant coucous de la main et autres gentils sourires, personne ne proteste et chacun s’éclipse sans demander son reste. tout le monde est cuit.

les lumières se rallument alors brutalement, le retour sur terre n’est pas très agréable.
je retrouve mes esprits pour quelques minutes et bondis, dans un état de fébrilité complet, sur une grenouille accompagnée de son petit-têtard (qui a fini par se boucher les oreilles sur The Cowboy tellement c’était violent pour un jeune têtard…), lequel s’amuse de me voir si ému.

trouvant péniblement mes mots, je lui demande si elle peut prendre mes coordonnées et m’envoyer les films qu’elle a faits pendant le concert… même si je me doute du piètre résultat des films, vu la faible luminosité…
je m’étonne moi-même d’aborder quelqu’un de la sorte, mais bon, voilà.

je continue à roder un peu dans la salle, peinant à retrouver le chemin de la sortie (c’est tout droit). je m’approche timidement du stand où s’attroupent batraciens de tout poil, et mes yeux croisent alors ceux de Mauro Pezzente qui est là, tranquillou en train de vendre posters et t-shirts (d’ailleurs tout le groupe, ou presque, est là).

je contiens difficilement mon trouble alors que nous échangeons quelques mots. ah la la, pourquoi partir, pourquoi ?!

je rejoins lentement mon nénuphar, toujours ivre de bonheur. à quand le prochain concert ? et le prochain album ?

les choses se sont d’ailleurs quelque peu précisées depuis et l’agitation est à son comble sur l’étang.

[©pictures from GY!BE’s MySpace]